A Air Bel, des associations font pression sur les bailleurs avant un plan de relogement

Depuis quelques semaines, des associations marseillaises se battent pour « préserver les droits au relogement » des habitants du quartier d’Air Bel. Elles ont rédigé une charte mettant à l’écrit leur demandes et souhaitent que les bailleurs s’engagent.

« On ne va pas se laisser avoir! Pas de charte signée, pas de relogement », tonnent les associations d’habitants du quartier Air Bel. Une soixantaine de personnes sont rassemblées autour d’une estrade baignée de soleil, rue de la Pinède. Ce sont les habitants des immeubles aux alentours qui se réunissent ce samedi 29 janvier, en début d’après-midi. « L’Amicale des locataires d’Air Bel » et l’association « Il fait bon vivre dans ma cité » sont venues présenter leur charte de relogement.

L’ambition? Faire pression sur les autorités et les bailleurs pour de meilleures conditions de relogement. Autour de café et de quatre-quarts étalés sur une table, il s’agit de discuter du projet de rénovation de ce quartier situé à l’Est de Marseille qui prévoit notamment la destruction de 209 logements, d’informer les habitants et de montrer la mobilisation.

A Marseille, Air Bel est le premier des quatorze quartiers prioritaires du Nouveau Programme national de renouvellement urbain (NPNRU), lancé en 2014. L’idée de ce plan est de créer une grande voirie pour relier la cité au reste de Marseille, de réhabiliter ou restructurer 920 logements et les écoles « regroupées autour d’un parvis piéton sécurisé », explique le site de la ville. Et de créer « un tiers-lieu autour de la culture et de la mémoire singulière du quartier ». Un vaste projet évalué à 180 millions d’euros pour ce quartier de 21 hectares, et presque 6000 habitants.

Des familles « déracinées »

Au coeur des revendications des habitants, une charte qui souhaite inscrire les promesses orales faites par les bailleurs sociaux (Erilia, Logirem et Unicil) aux associations. Parmi celles-ci: permettre aux familles de choisir leur futur appartement et quartier ou encore assurer la qualité des logements comme leur surface. Mais les bailleurs n’ont pas signés ce texte, et s’activent à la création de leur propre charte de relogement, selon un communiqué du 20 janvier.

 Crédit : Rachel Cotte

« Les familles n’ont rien demandé, et elles sont déracinées! », s’insurge l’une des associations, applaudie par les spectateurs. « Il est hors de question que la rénovation se fasse sur votre dos. » Plusieurs têtes de files des associations du quartier regrettent le manque de considération des décideurs envers les habitants, non consultés avant la mise en place du projet selon elles. La ministre de la ville, Nadia Hai, avait pourtant promis une « grande réunion publique » début janvier. Elle n’a toujours pas eu lieu.

Un quartier « à l’abandon »

Les habitants, eux, ne comprennent pas toujours ce qu’il en est. « On nous a dit de venir aujourd’hui pour qu’on soit informés de ce qu’il se prépare« , explique Loubna. Ses parents habitent le quartier et font partie des familles devant prochainement quitter leur foyer. « Le changement fait peur, donc ils sont inquiets. Mais, s’ils sont bien pris en charge et que les conditions de logements sont bonnes, pourquoi pas ? « 

« Les conditions de vie ne sont pas top, concède Loubna, mais on est habitués. On se plait ici. » Elle a grandi à Air Bel, même si elle a désormais quitté le foyer parental. Elle se souvient d’une boulangerie, d’une salle de sport, d’une bibliothèque présente dans le quartier durant son enfance. « Aujourd’hui, il n’y a plus rien. Tout a fermé et a été démoli petit à petit. Le quartier est à l’abandon ».

Pas que des logements insalubres

En plus de perdre leur foyer, certaines familles vont devoir être séparés des leurs. C’est le cas d’Anahit et Gohar. Deux belles-sœurs, arméniennes, qui « n’ont plus qu’elles au monde ». Leur français étant approximatif, Loubna traduit leur tristesse d’être séparée. Ici, tout le monde se connait. Gohar devra être relogée, tandis qu’Anahit reste chez elle. Bras dessus, bras dessous, les deux têtes grises s’éloignent ensemble pour écouter la fin des interventions. Elles apprennent que les habitants déplacés jouiront d’une priorité sur les appartements vacants à Air Bel, malgré un doute persistant.

 Crédit : Rachel Cotte

Fatiha, mère de famille, est également concernée par les démolitions. Elle est venue écouter les associations avant d’aller chercher son fils après ses activités extra scolaires. Elle habite le quartier depuis huit ans. « Mon mari ne travaille pas loin, et notre immeuble est juste à côté de l’arrêt de tram, c’est parfait », détaille-t-elle en désignant un immeuble au loin, son voile fuchsia au vent. Son appartement, un T4, est « magnifique ». « On est très contents, et puis je l’ai aménagé comme je le voulais. » Un appartement loin d’être insalubre, selon elle, ce qui ajoute à l’injustice qu’ils ressentent.

Des questions toujours en suspens

D’autres associations et collectifs sont venues témoigner leur soutien aux riverains, notamment le collectif « 5-Novembre », créé à la suite de l’effondrement de la rue d’Aubagne en 2018. Kevin, qui se distingue par son pull caramel dans l’enceinte bétonnée, prend le micro. « C’est la même réglementation depuis vingt ans, et à chaque relogement, les mêmes questions se posent, proteste-t-il. Il est temps d’inscrire dans la loi les droits au relogement et d’arrêter d’entuber les habitants. » Proposer un « parcours résidentiel positif »: ce sont trois mots « valises » qui sont débattus à chaque projet, regrette-t-il. Cela concerne-t-il la surface des logements? Leur prix? La question reste en suspens.

La potentielle hausse des loyers et des charges est ce qui inquiète la plupart des riverains. A Air Bel, un accord leur permet d’avoir accès au gaz sans le payer. Qu’en sera-t-il dans un autre quartier? « L’enjeu est de mettre en place avec les partenaires du projet un ‘reste à charge constant’ des ménages pour une même surface (reste à charge = loyer + charges – APL) », soutiennent les bailleurs. Mais pour les associations, tant que rien n’est écrit, rien n’est promis.

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