Avec Accélérateur M, Marseille souhaite devenir un tremplin pour les innovateurs africains

L’incubateur Marseillais a noué plusieurs partenariats avec la rive sud de la Méditerranée pour attirer les entrepreneurs les plus prometteurs du continent africain. Mais pour l’instant, la métropole ne récolte pas encore les fruits de cette effervescence.

Niché en plein cœur du nouveau quartier d’affaires Euroméditerrannée, l’un des derniers nés des incubateurs marseillais tente de se faire une place au soleil. A quelques encablures des anciens docks aujourd’hui rénovés, la plateforme Accélérateur M, fondée par les villes d’Aix et Marseille en janvier 2019 – avec le concours de la région PACA, de la Chambre de Commerce d’Aix-Marseille et du réseau French Tech – souhaite créer des ponts avec le continent africain.

La structure accueille des entrepreneurs comme Christine Kolo. « Je viens d’arriver de Madagascar aujourd’hui », raconte-t-elle. La fondatrice de la startup GreenNKool commercialise des savons issus d’huiles recyclées. Elle vient de déposer ses valises dans l’hexagone. « J’ai été lauréate du concours Med’Innovant en 2021, ce qui m’a permis de gagner une dotation de 7.000 euros et de financer un mois d’incubation à l’Accélérateur M », explique la jeune femme.

« J’ai fait partie de plusieurs ONG en Afrique et en Asie », raconte-t-elle. Pendant la pandémie, son entreprise GreenNKool – qui sert aussi de plateforme de réinsertion à une quarantaine de femmes victimes de violences sur Madagascar – a commercialisé près de 40.000 savons issus d’huile végétale recyclée.

La Cité de l’Innovation et des Savoirs d’Aix-Marseille (CISAM), abritant l’Accélérateur M

Ouverture sur l’Afrique

La trentenaire entend maintenant créer sa première franchise dans l’hexagone, tout en gardant le même modèle social. « Faire du savon à Marseille, ce serait symbolique », s’exclame-t-elle. « D’autant plus qu’en France, 95% des huiles usagées ne sont pas recyclées ». Ce projet d’entreprise est exactement ce que recherche l’accélérateur, qui propose des formations en marketing, en communication ou encore pour conduire une la levée de fonds, pour un coût minimum de de 1.900 euros.

« Marseille est une interface qui permet de faire le lien avec plusieurs pays : l’Italie et l’Espagne, mais aussi et surtout l’Afrique », explique Raphaël Dempure, responsable du marketing au sein d’Accélérateur M. « Nous avons développé des partenariats avec plusieurs incubateurs au Maghreb – notamment Startup Maroc ou Factory 619 en Tunisie, pour permettre aux entrepreneurs locaux de développer leur activité ici ».

La région Aix-Marseille s’est impliquée dans ce projet. « L’agence Provence-Promotion, aide les entrepreneurs étrangers à s’implanter dans la région », affirme le jeune homme. Démarches pour obtenir un visa, recherche de logement, processus de recrutement… Une vaste palette de services est mise à disposition des entrepreneurs arrivant de l’étranger.

Des retombées encore faibles

Pour autant, cette projection vers le continent africain ne porte pas ses fruits pour le moment. Le plus gros coup réalisé par l’incubateur demeure la startup IADYS, fondée localement, et qui commercialise un robot de dépollution marine. Elle faisait partie de la première promotion de startups accompagnées à l’Accélérateur M. L’entreprise vend aujourd’hui ses produits dans près d’une dizaine de pays, notamment au Japon, en Norvège, et au Royaume-Uni.

Plus généralement, l’incubateur peine à avoir un impact sur l’économie de la métropole. Les 70 startups accompagnées depuis 2019 n’ont ainsi créé que 85 emplois, alors que dans le même temps, de nombreuses mesures de soutiens financier ont été mises en place : outre le Crédit d’Impôt Recherche (CIR), la région PACA accorde une aide pouvant aller jusqu’à 40.000 euros pour tout projet d’entreprise « à caractère technique et innovant ».

« Il y a clairement une pénurie d’emplois sur le territoire », reconnaît Raphaël Dempure. « Cette situation fait que les talents finissent par aller ailleurs, notamment à Paris, où les conditions financières sont plus intéressantes ». A Marseille, le salaire moyen net des cadres est de 3.915 euros nets par mois selon l’Insee, contre plus de 5.500 euros à Paris.

Le jeune homme – lui-même fraichement diplômé de l’IAE d’Aix-Marseille – estime toutefois que la ville a des atouts pour parler aux entrepreneurs. « L’écosystème est plus restreint, ce qui facilite la création d’un réseau », plaide-t-il. « Je pourrais également citer le temps ensoleillé et le cadre de vie, qui sont un plus ! ».

Texte et photos Mehdi Laghrari

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