« Cagole Nomade » : de l’insulte au slogan militant féministe

Jeune marque marseillaise de vêtements et accessoires « Cagole Nomade » se veut écoféministe, et entend changer l’image des femmes dans la société. Ses fondatrices, Lisa Billiard et Mauranne Deroff, se revendiquent des « cagoles », un terme habituellement péjoratif à Marseille, et créent des vêtement colorés à partir de tissus recyclés.

« On est Marseillaises et fières de l’être« , dit Lisa Billard, cofondatrice de la marque de prêt-à-porter et d’accessoires de voyage « Cagole Nomade », lancée il y a deux ans. Avec son amie Mauranne Deroff, elle crée des vêtements colorés et porte un discours résolument écoféministe: Ecologique car elle réutilise des tissus récupérés et féministe car elle revendique le droit, pour les femmes, d’occuper le même espace que les hommes. « On s’en fout de ce que les autres pensent« , proclame Lisa. Les deux amis ont d’abord beaucoup voyagé ensemble. « A l’étranger, on parlait trop fort, on prenait trop de place dans l’espace public. Les touristes Français à l’étranger nous disaient +Vous êtes de vraies cagoles+« , raconte la baroudeuse, sourire aux lèvres. « C’était le cliché Marseillais, mais ce qui les dérangeaient, c’est le fait que des femmes prennent de la place. On avait des vêtements trop féminins et une allure trop masculine« , se souvient la jeune entrepreneuse de 27 ans.

Selon le dictionnaire, la cagole est « une jeune femme extravertie, un peu écervelée et vulgaire ». De ce terme peu flatteur, les deux jeunes femmes ont voulu faire au contraire un emblème. « Nous avons décidé d’en faire une marque dans le respect du droit du travail des couturières, et en réutilisant des morceaux de voiles de bateaux, des chambres à air de vélo « , dit-elle.

« C’est une insulte »

Les jeunes femmes ont réalisé leur première vente, en 2020, à Paris, dans le Marais. « On nous demandait pourquoi avoir choisi ce nom  » se rappelle Lisa Billard. « On a expliqué que le mot sentait le mépris de classe. Il permet de critiquer des femmes, qui n’auraient pas bon goût, aucun sens de la bienséance« , souligne l’entrepreneuse, qui veut au contraire déconstruire ce clichés. Et c’est pour cela que ce mot s’est imposé. « Notre marque est destinée aux femmes libres, qui n’ont pas peur des critiques« , ajoute-t-elle.

Avec son accent marseillais et son franc-parler, la jeune femme l’assure : « Être une Cagole nomade, c’est un état d’esprit ». Elles ont réalisé une « Vierge Marie en Cagole« , une prière à la « Sainte-Cagole« , et organisé en décembre dernier un concours « Miss Cagole« , farouchement anti Miss France, avec des personnes transgenre, hommes, femmes, sans critères de poids, taille. « Il fallait juste savoir prendre l’espace, faire le show. C’était ouvert aux Cagoles d’antan, et aux Cagoles nomades », raconte-t-elle. Des drag queens étaient également présentes.

En reprenant ce mot, elles veulent prôner l’égalité des genres et la liberté. C’est pourquoi elles réalisent des robes unisexe. Cela leur a valu de nombreuses critiques. « On nous a dit +si on ne peut plus reconnaître les hommes et les femmes, ce n’est pas possible+ » soupire Lisa. Pour elle, ce n’est au contraire pas un frein.

La Chaudasse, pour « aller à contre-sens »

Lisa est déterminée à bousculer les codes. C’est pourquoi elle est aussi allée plus loin en créant « La Chaudasse », un nouveau produit, lancé le 30 janvier dernier en précommandes. Il s’agit d’une banane chauffante qui vise à aider les femmes souffrant de maux durant leurs règles. Son nom est osé, mais correspond à l’ADN de la marque : « Je veux aller à contre-sens, assure-t-elle tout sourire, utiliser un mot qui sert à juger les femmes, pour désigner un objet qui finalement les aidera« .

Pour ce projet, Lisa Billard a contacté 300 femmes, qui lui ont expliqué leurs problèmes menstruels. « Elles ne veulent pas continuer à prendre des médicaments, le capitalisme ne leur a trouvé aucune solution » souffle-t-elle. Certaines femmes utilisent « des serviettes qu’elles passent au fer à repasser pour conserver un peu de chaleur et lutter contre les douleurs« . D’autres n’osent pas utiliser de bouillotte au travail. « Ce n’est pas professionnel « , regrette l’entrepreneuse. La banane, possède une sangle adaptable à toutes les morphologies. Elle est intégralement réalisée à l’aide de produits locaux marseillais réutilisés.

Bousculer les codes du langage, renverser les normes, voici l’ambition. Quand Lisa a cherché des financements pour sa banane, tout le monde lui a fermé la porte. « Soit ce n’était pas considéré comme un produit d’utilité publique, soit les institutions ne voulaient pas être liées à un projet dénommé ainsi« , raconte-t-elle. « Ils ne se rendent pas compte, car la société fait en sorte que le sujet reste tabou « . Et tout son travail, justement, vise à briser ces tabous.

Texte et photos Marine Ledoux

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