Cité Félix-Pyat à Marseille: « La deuxième capitale des Comores ! »

Situé dans le 3e arrondissement de Marseille, le quartier Félix-Pyat accueille une grande partie de la communauté comorienne de la ville. Arrivés de l’archipel africain au large du Mozambique dès les années 60, ils s’organisent pour ne pas perdre les habitudes du pays et faire jouer la solidarité.

Chaque vendredi, en fin de matinée, le spectacle est le même dans le quartier Félix-Pyat. Vêtus d’une longue étoffe, kofias vissés sur le crâne (bonnet brodé et cousu main, NDLR), les Comoriens pressent le pas. Il est bientôt midi : c’est l’heure de la prière. Une marée humaine se forme devant le garage improvisé en mosquée, qui jouxte la petite supérette halal de la cité.

Toujours la même rengaine pour Ali Amada.« D’abord, je vais à la mosquée. Puis je mange avec ma famille », explique le quarantenaire, qui tient son fils par la main. Arrivé en 2016 pour rejoindre son père qui a migré en France dans les années 60, il a néanmoins refusé de le suivre quand il est monté sur Paris. « Ici, on est heureux ! Plus qu’à Paris ! ». Nombreux sont ceux qui partagent son point de vue : à Marseille, 80 000 personnes seraient originaires de l’archipel, soit 10 % de la population de la cité phocéenne.

« C’est la deuxième capitale des Comores », déclare Ali, un brin solennel. De retour de la prière, il n’a de cesse de s’arrêter pour discuter avec d’autres fidèles ou des petits commerçants. Boucheries halal, tags en référence aux Comores sur les murs : le quartier semble être taillé sur-mesure pour la diaspora. « L’après-midi, je retourne là pour voir les autres Comoriens. Pour jouer, pour rigoler ! », complète-t-il.

Etudiant à Aix-Marseille, Saïd, 29 ans, revient de la mosquée.

« Ici, on parle le comorien ! »

A quelques mètres de la mosquée, une place et quelques bancs : l’endroit de prédilection de la communauté. Au menu, des bavardages et des jeux de dés traditionnels du pays. « Ici, on prend des nouvelles, on se demande pourquoi untel n’est pas venu », sourit Saïd Saybiben, jeune étudiant de 29 ans arrivé à Marseille en septembre dernier, après quatre années passées à la faculté de Rennes. « Je suis surpris. A Rennes, on parlait français. A Marseille, on parle le comorien ! Et, avec les kofias, je sais tout de suite qui est du pays ! », se réjouit-il.

Aucune habitude comorienne ne se perd à Félix-Pyat. Surtout pas la solidarité. « Si nous, les Comoriens, on galère moins, c’est parce qu’on s’aide les uns les autres », juge Issa, 43 ans, arrivé à Marseille en 2010, pour rejoindre sa sœur. « Quand quelqu’un souffre, on ne le laisse pas. On l’héberge, on le nourrit ».

L’entraide est d’autant plus importante que les difficultés sont nombreuses dans le quartier. En recherche d’emploi, Issa pâtit, comme beaucoup d’autres habitants, du manque d’opportunités professionnelles. Dans le 3e arrondissement de Marseille, le taux de chômage était de 27 % en 2018, selon l’Insee. Contre 8,7% pour le reste du territoire.

« C’est compliqué pour les jeunes »

Autre difficulté à affronter pour le quartier: l’insécurité. « Il y a beaucoup de drogues ici », alerte Mamadou Kanté. 36 ans que ce Guinéen d’origine tient son pressing à Félix-Pyat, à quelques mètres du commissariat, dont la présence ne change finalement pas grand chose. « La police ? Ils s’en foutent ! », prévient-il, dans un éclat de rire. « Parfois, les trafiquants tirent en l’air à la mitraillette et les policiers ne bougent pas ». Il le jure : s’ils sont heureux ici, « les Comoriens partent quand ils trouvent mieux! ». Ali tempère: « C’est pour les jeunes que c’est très compliqué. Pour les grandes personnes, c’est un endroit heureux ! ».

Le quartier Félix-Pyat, à Marseille, accueille de nombreux Comoriens.

Dans cet environnement dangereux pour certains, resserrer les liens de la communauté est primordial. Les Comoriens s’en donnent à cœur joie. Cela n’a pas échappé à Mamadou Kanté. « Ils font beaucoup la fête, raille-t-il, Mais, ils nettoient : j’en sais quelque chose ! ». C’est lui que les Comoriens viennent voir pour laver leurs étoffes, après les nombreux mariages qu’ils célèbrent régulièrement.

Rite de passage traditionnel sur l’archipel, le « grand mariage », comme il est coutume de l’appeler, est une étape charnière dans la vie d’un Comorien. Passage à la mosquée, repas convivial et festivités, la pratique a été importée à Félix-Pyat ! « On loue des salles les samedis », explique Saïd. « Personne n’est spécialement convié, mais tout le monde peut venir ! Tous les Comoriens et les autres habitants aussi ! ». Une façon de rendre au quartier ce qu’il a donné à la communauté.

Pierre-Yves Georges

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