Des algues envahissantes menacent l’écosystème méditerranéen

Cet été, des plongeurs des Calanques à Marseille ont remarqué un impressionnant tapis d’algues vertes à Callelongue. Une autre algue qui se trouvait aux Baléares a été identifiée en décembre à l’est à Port-Cros, dans le Var. Ces algues invasives migrent vers le nord et les côtes méditerranéennes françaises à cause du réchauffement de la mer.

L’algue verte rugulopteryx okamurae, qui se développe habituellement au Japon, a été observée dans différents lieux du littoral autour de Marseille, dans les Calanques mais également à l’ouest sur la Côte bleue. Identifiée en Méditerranée en 2015, c’est en 2018 qu’elle a été repérée aux abords du littoral marseillais pour la première fois. Puis cet été, en grand nombre dans la calanque de Callelongue où elle atteignait 40 à 60 cm de hauteur. Ces algues venues d’ailleurs étouffent la très dense vie marine locale des côtes. Elles inquiètent autorités et scientifiques, qui n’ont pas encore de solution pour freiner leur prolifération.

Un fait humain

Pour comprendre le phénomène, l’Institut Méditerranéen d’Océanologie (MIO) a entamé des recherches. Parmi les scientifiques qui y travaillent, Thierry Thibaut est chercheur en écologie marine spécialiste des algues. Il explique que les espèces arrivées en Méditerranée « remontent » par le canal de Suez, introduites via le commerce et les coquillages exotiques, comme pour cette algue verte repérée à Marseille. « La rugulopteryx est une espèce tropicale, qui a une affinité pour les eaux froides comme celles du golfe du Lion », explique le phycologue. L’algue apporte déjà des altérations dans la vie naturelle des plantes et animaux marins, qui risquent de s’intensifier si elle poursuit son développement : « Ces algues envahissantes entrent en compétition avec la flore et la faune locales et bouleversent le fonctionnement de l’écosystème côtier. Elles modifient les rôles d’habitats, c’est-à-dire que les poissons ne pourront plus pondre, ou les petits poissons ne pourront plus se développer normalement, confie le chercheur. Elles ont aussi un impact sur les espèces d’algues locales dont la présence diminuera fortement. ».

Des algues venues d’Asie

L’introduction d’espèces invasives est l’un des principaux facteurs de la disparition de la biodiversité. « L’expansion des espèces envahissantes est la deuxième cause, après la destruction des habitats naturels. Le reste, c’est minimal » confie Thierry Thibaut. L’impact pourrait être particulièrement important en Méditerranée du fait de sa biodiversité exceptionnelle. « La Méditerranée est un haut spot de biodiversité, l’une des mers du globe qui a le plus d’écosystèmes avec des dizaines de milliers d’espèces très différentes ». Il met en perspective la présence de ces algues au sein de ce vaste écosystème : « 1000 espèces sont introduites en Méditerranée. À Marseille, ce sont 17 espèces d’algues introduites sur les 150 présentes en tout. Et sur celles-ci, 5 sont vraiment envahissantes ».

L’algue japonaise n’est donc pas la seule à proliférer sur les côtes de la Méditerranée. Dû au réchauffement des eaux, d’autres s’installent plus au nord de leur lieu d’habitation naturel, ramenées par des filets de pêche ou des coquillages jetés par l’être humain (huîtres, oursins…). Ces tapis d’algues sont situés dans des centaines d’hectares de la mer Méditerranée. L’algue lophocladia lallemandii vient d’être repérée le mois dernier par une scientifique dans l’archipel des îles de Port-Cros. Cette algue rouge de l’Océan Indien menace les herbiers de posidonie, régulateurs de l’écosystème et lieux d’habitat pour de nombreux poissons.

rugulopteryx okamurae

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Un début de mobilisation

Ce qui inquiète les acteurs locaux, c’est l’expansion de cette algue. Des plongeurs ont découvert dans les Calanques un tapis qui a étouffé toute la vie marine sur plusieurs mètres. Didier Réault, président du parc des Calanques où une étude est également en cours, tente de relativiser pour le moment : « Ce sont encore des phénomènes épisodiques quelques jours dans l’année au moment des fortes chaleurs. On n’est pas arrivé au niveau des algues vertes en Bretagne », avance-t-il. Il n’y a pas de solution pour lutter contre l’expansion de cette algue pour l’instant. Cela deviendra un problème si les eaux continuent de se réchauffer. »

L’algue pourrait devenir un jour nocive si elle s’échoue en masse. Elle peut en se décomposant dégager un gaz toxique : l’hydrogène sulfuré. C’est le phénomène actuellement observé en Bretagne. Des habitants inquiets, des élus et des scientifiques se sont déjà réunis à la mi-juillet à Callelongue pour débattre du sujet et envisager des solutions. La municipalité marseillaise est également consciente que cela peut se transformer en une problématique de santé publique. Dans un communiqué l’été dernier, la ville annonce suivre de près sa prolifération pour faire tout pour prévenir ses effets.

Les recherches n’en sont qu’à leurs balbutiements, elles se poursuivent pour déterminer comment l’algue se reproduit et quelles solutions pourraient ensuite être envisagées pour limiter sa propagation et son impact.

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