Hamza Baggour, premier rôle au Vélodrome

Capo au Vélodrome, mais aussi acteur et citoyen engagé dans la vie de son quartier, Hamza Baggour voit grand et ne s’interdit rien. Pas même un destin en politique. Rencontre avec l’une des fortes voix des supporters de l’OM.

« Ah ça y’est, il va finir conseiller municipal du 3ème arrondissement« . Au siège des South Winners, groupe de supporters emblématique de l’Olympique de Marseille, les blagues fusent. Ça chambre, même en direction d’une des figures des travées du Vélodrome. Ici, Hamza Baggour est connu de tous. Une icône.

Il est « capo » du groupe. Autrement dit, il lance les chants de supporters. Dans les tribunes, il donne de la voix et électrise la foule. « Je ne suis pas vraiment un capo au sens propre du terme, ma partie la plus importante, c’est la sono« , nuance le jeune homme de 26 ans. « Une fois que je me suis occupé de ça, je me comporte comme un électron libre« , ajoute-t-il.

A tel point qu’il a acquis le sobriquet de « numéro 10 des tribunes« . Brice Kherbache, Winners depuis quatre ans et auteur de ce surnom, s’en explique : « Il gère les supporters de A à Z, que ce soit pour l’animation ou l’ambiance. Et puis, il a cette capacité à savoir lancer les chants au bon moment« . La semaine, il est aussi très actif pour le groupe. C’est lui qui gère « la paperasse » et la « vie du groupe », composé de 7800 abonnés au stade Vélodrome.

Dos à la pelouse

Résultat, il vit les matchs différemment des autres, dos à la pelouse. « Je suis obligé pour veiller à ce qu’il n’y ait pas d’incident« , commente l’intéressé, « tu vois rarement ce qui se passe sur le terrain et si à la fin du match, tu as observé 5-10 minutes, t’es un champion du monde« . Un rôle parfois « frustrant » confie-t-il, mais important pour celui qui considère le groupe de supporters comme sa famille.

Avant d’en arriver là, Hamza Baggour a grandi avec ses quatre frères et soeurs au sein de la cité de la Soude, dans le 9e arrondissement de Marseille. Son père, maçon, se rendait sur les chantiers la semaine, tandis que sa mère s’occupait du foyer. « J’ai eu une belle enfance, on avait très peu de choses, mais tout allait bien« , résume-t-il brièvement. Il retrouve le verbe quand on lui demande comment il en est venu au football : « C’est très simple, c’est un sport de pauvres fait pour les pauvres qui rassemble. Et en plus, à Marseille, c’est particulier, donc tous les éléments étaient réunis !« 

Très vite, le jeune homme a tâté le cuir. »Je jouais arrière droit, j’étais vraiment pas bon, toujours en retard dans mes interventions« , s’amuse-t-il. Son truc, c’était « la gratte », activité consistant à obtenir des places pour les matchs devant le stade Vélodrome, au dernier moment. C’est ainsi qu’il est repéré à l’âge de 15 ans par Rachid Zeroual, vice-président des South Winners. Dans son bureau, le quinquagénaire se remémore les premières années d’Hamza Baggour comme supporter. Il nous tend une photo du jeune homme, prise il y a une dizaine d’années. On le voit, regard vers le haut, bouche tendu dans un mégaphone. « Regarde, il avait même pas de barbe !« , lance Rachid Zeroual, « Aujourd’hui je l’appelle Litlle Big Man, par rapport à sa taille (1,68m, NDLR), et son génie, il a beaucoup d’idées« , complimente ensuite le leader historique des South Winners.

Une carrière au cinéma

Il faut dire que le parcours d’Hamza Baggour détonne. En témoigne cette fois en 2009 où l’adolescent d’alors roule avec son scooter à toute allure dans son quartier au moment même où une scène de film est tournée. « Je n’avais pas de pot d’échappement, je faisais un bruit de fou« , rapporte le Marseillais. L’équipe du film lui demande donc d’arrêter son deux roues. Hamza Baggour répond qu’il veut faire du cinéma. Bania Medjbar, réalisatrice, est en charge du casting des figurants. Elle explique qu’elle est au complet. Le minot insiste et laisse son numéro.

Bingo. Une personne est absente le lendemain, Bania Medjbar le rappelle. La réalisatrice loue ses qualités d’acteur : « Ce que j’ai aimé chez lui, c’est son énergie, sa vivacité et puis il est altruiste, il aime aider les gens, il a une bonté d’âme« . Exemple : il a accepté de jouer gratuitement dans son film traitant des cités marseillaises, La Bonté des Anges, sorti en 2018. Depuis, Hamza Baggour a joué dans plusieurs films, comme No limit de Luc Besson ou plus récemment Stillwater de Tom McCarthy.

« Le futur président »

Actuellement, le phocéen est régulièrement entre Paris et Marseille pour le tournage d’un film. Mais il affirme ne pas se formaliser quant à une éventuelle carrière d’acteur. Preuve en est, il multiplie les projets en parallèle de son métier de éboueur à la Métropole et de son activité de secrétaire général aux South Winners. En juin 2020, il a lancé la Fédération des citoyens de la Soude pour lutter contre les effets de la crise sanitaire. « On distribuait des colis alimentaires, on faisait des sorties en plein air pour les mères du quartier et des séjour au camping pour les jeunes« , indique-t-il, confiant avoir reçu une aide de 8 000 euros de la part d’un joueur de l’OM.

Une future carrière de politique, pour lui, comme le suggère son camarade des South Winners? Hamza Baggour en rigole. Puis, explique, plus sérieusement: « C’est quelque chose qui m’a toujours intéressé mais j’ai trop de choses à faire actuellement« . Il donne néanmoins son avis sur la présidentielle: « Si des gens comme Le Pen et Zemmour font ces scores dans les sondages, c’est parce que degun (personne, NDLR) part voter« .

A côté de lui, Charly Diouf, membre des Winners, observe de l’entretien puis sort de son silence. « Ici aux Winners, les gens viennent de partout, beaucoup ne se sentent pas Français. Hamza, c’est un des rares à les sensibiliser au fait qu’ils sont Français et qu’ils doivent voter« . Il va même jusqu’à présager un avenir élyséen à son ami: « On est plusieurs ici à l’appeler ‘le futur président’ « .

Texte : Baptiste Farge
Image : Pierre Berge-Cia

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