La Friche la Belle de Mai, l’espace culture qui dépasse les frontières du 3e arrondissement

La Friche de la Belle de Mai, située au cœur du 3e arrondissement sur le site d’une ancienne manufacture de tabac, est un lieu incontournable de la vie culturelle à Marseille. Depuis plus de vingt ans, l’objectif de cet espace est de donner accès à la culture au plus grand nombre. Et ce n’est pas toujours simple de faire venir les voisins du lieu.

« Le but principal était de faire venir des habitants du 3e arrondissement« . Farid Nacer, médiateur depuis 2003 à la Friche la Belle de Mai, est posté sur le playground, un grand espace de jeu au pied de l’ancienne manufacture de tabac. Comme tous les mercredis, il fait le lien entre les visiteurs et les structures sur place de la Friche de la Belle de Mai. Cet espace culturel constitué notamment d’un grand bâtiment industriel de 45 000 m2 rassemble des salles de spectacles et d’exposition, terrains de jeu, restaurants ou encore skatepark.

Au fil des années, le médiateur a vu le lieu se dynamiser et attirer un nouveau public : « Aujourd’hui, on s’aperçoit que les gens viennent de tous les secteurs de Marseille ». Son objectif : promouvoir la culture sous toutes ses formes et pour tous les publics. Dehors, quelques groupes investissent les tables du restaurant au soleil. On entend les cris des enfants, le bruit sourd des ballons de basket qui rebondissent et les roues des skateboards sur le sol.

« C’est un lieu comme on ne le voit pas ailleurs, explique le médiateur. Un lieu de discussion, d’échange ». « Cette friche est une pépite dans un quartier difficile », ajoute Christian Nochumson, adjoint au maire des 2e et 3e arrondissements, en charge de la culture et du patrimoine. Pour l’élu du Printemps Marseillais, la Friche est le reflet d’un dynamisme culturel loca l: « Les gens sont en demande de culture et la Friche est un des outils. » Chaque année, la Friche attire près de 450 000 visiteurs.

Le skate-park, entre la ligne de chemin de fer et l’ancienne manufacture.

Attablée à la terrasse du restaurant Les Grandes tables, Claire Camous est une habituée du lieu. « C’est une institution connue de tout Marseille », assure cette ancienne habitante du 3e arrondissement. Un avis partagé par Corinne Dridi, entourée de ses amis, qui vante son aspect multiculturel : « La friche a une identité particulière, elle rassemble. L’été, sur le toit, les gens se retrouvent et les enfants jouent tous ensemble ».

Mais ce n’est pas toujours simple de séduire les habitants du quartier. Plus loin, Leïla Gasmi est venue avec ses deux filles. Elles y passent des après-midis entières, plusieurs fois par semaine, entre les aires de jeux et les grenadines au soleil. Cette habitante du quartier a découvert la friche par hasard. Le lieu a attiré d’autant plus de monde depuis la crise du Covid 19, les habitants ayant cherché des lieux de proximité où se retrouver. « Avant, on ne connaissait pas. On entendait parler de la friche mais on ne savait pas ce que c’était, raconte-t-elle. Mes parents vivent depuis quinze ans dans le 3e arrondissement et l’ont découverte grâce à nous ».

Sur le playground, les médiateurs discutent avec les jeunes et les familles pour les orienter.

Un lieu toujours en expérimentation

Derrière son comptoir, Franck Laborde, employé du restaurant Les Grandes tables, sert des verres. Ses clients ? Principalement des frichistes, des compagnies d’artistes et des touristes l’été. « Pas trop d’habitants du 3e arrondissement », explique-t-il. Roxanne Samperize, artiste et habituée de la friche, estime pour sa part que les personnes qui fréquentent le restaurant ou le théâtre sont toujours un peu les mêmes : des « bobos ».

La terrasse du restaurant Les Grandes tables.

« Les relations entre la friche et la population sont en construction en permanence », se défend Christian Nochumson. Dans ce « laboratoire politique » qui existe depuis plus de vingt ans, les acteurs doivent se réinventer pour attirer de nouveaux publics. Au Medialab par exemple, structure consacrée aux arts numériques, plusieurs ateliers sont depuis cette année gratuits et en libre accès. Un changement qui a permis de voir venir de nouveaux enfants, grâce au travail des médiateurs sur le « playground ». « Le mercredi après-midi, ils interpellent les enfants qui jouent en bas pour leur proposer de monter, indique India Enault, employée de la structure. Cela nous permet de voir de nouvelles têtes, c’est indispensable ».

Des expérimentations après d’un public jeune, et parfois auprès des écoles, qui payent selon Farid Nacer : « Il y a quelques années, certaines écoles du 3e ne pensaient même pas à venir pour voir des expositions ». « On s’est ouverts au public, ils sont tous présents », assure-t-il désormais. Mais selon l’élu à la culture, le travail n’est pas terminé : « Le problème ne se situe pas spécifiquement à la Friche. C’est toute la culture qui doit trouver moyens d’inclure de plus en plus les publics concernés« . Et pour prendre en compte ces populations, deux leviers selon Christian Nochumson : des moyens de publicité et encore plus de médiation.

Pour le médiateur Farid Nacer, le lieu a beaucoup évolué depuis l’ouverture du playground en 2014, les structures travaillent de plus en plus avec l’idée d’intégrer chaque personne. « C’était un endroit rude, avec des problèmes de prostitution et de trafic, se rappelle-t-il. Le bouche-à-oreille permet de changer son image ».

Aglaé Gautreau

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