La recette du succès organisé du rap marseillais

Après avoir fait danser toute la France avec « Bande Organisée » et plus récemment « la Kiffance », le rap marseillais confirme une énième fois son statue de place forte du rap français. La raison de ce succès ? Un style unique qui allie tradition et modernité.

Dans les classements 2021 de la plateforme musicale Spotify, un ovni apparaît. Cet ovni, c’est l’artiste Jul, et plus largement le rap marseillais. Parmi les titres, albums et artistes les plus écoutés de l’année, l’interprète de « Tchikita » trône en première place. Dans son sillage, SCH, troisième, et Naps, cinquième. Trois Marseillais dans le top des ventes et des plateformes d’écoute sur internet.

Un âge d’or qui rappelle celui des anciens du hiphop made in Marseille. On n’avait pas vu ça depuis le milieu des années 90, avec les cartons d’IAM et de la Fonky Family. Avec des sonorités toutefois très différentes. Razzi, gérant de Brick City, un concept-store spécialisé hip-hop, a tout vu de l’arrivée du rap à Marseille, dans la fin des années 80. A l’époque où les soldats américains accostent par bateaux, le jeune Razzi découvre leur culture musicale, et comme de nombreux phocéens, s’enthousiasme. A 54 ans aujourd’hui, il se souvient de son passé de danseur pour des rappeurs comme IAM ou Faf Larage et du son métissé qui le faisait vibrer. « On avait déjà l’accent chantant, donc on avait déjà un flow. Le rap s’est greffé naturellement à Marseille. Directement, les gens d’ici ont mélangé le rap américain avec toute les musiques qu’ils connaissaient déjà, comme le soul, la funk ou la disco« , détaille Razzi.

Calibré pour les boites de nuit

Dans les années 90 à Marseille, le rap dépasse les clichés d’une culture naissante et s’inscrit rapidement dans l’ADN de la ville. Contrairement au rap du reste de la France, qui accumule les clichés négatifs auprès du public, le rap marseillais se distingue. Ses morceaux sont groovy, ludiques et surtout, calibrés pour les boites de nuit. Un titre sorti en 1993 symbolise le succès de ce rap local qui prend d’assaut la France entière : « Je danse le Mia » de IAM.

Aujourd’hui, les rappeurs phocéens veulent toujours faire danser. Encore plus qu’a l’époque du Mia. Pour cela, les Jul, Naps ou autres Soso Maness s’inspirent de sonorités électroniques, un univers sonore qui s’éloigne de celui des anciens. Parmi les acteurs de cette nouvelle vague, on trouve CDR Prod, mystérieux beatmaker au œuvres pourtant reconnues. Son palmarès : triple disque de platine et triple disque d’or grâce à son travail avec Naps et Jul, notamment. Pour lui, l’important dans son travail est de faire honneur à sa ville, avec un rap « festif et ensoleillé ». « Faire une instru de rap marseillais aujourd’hui c’est assez simple. Il faut une mélodie rythmée, un tempo plutôt élevé, avec une basse et des percussions qui puissent te faire bouger la tête ! ». Une recette minimaliste pour un succès d’envergure.

Jul en pole position

D’ailleurs Jul la maîtrise parfaitement. Il a récemment décroché le vingtième disque d’or de sa carrière avec son album « Indépendance ». Le très prolifique rappeur est la tête de pont de la discipline à Marseille. En assumant l’histoire du rap local, avec ses sonorités divertissantes. Abys One, compositeur marseillais détenteur de plusieurs disques de platine, qui travaille aussi avec JuL et Alonzo, explique son processus de création: « Il n’y a pas de recette magique, mais on veut que le beat tue. On créé en en s’amusant et si cela nous plaît, alors alors cela devrait plaire aux autres.« 

Après une traversée du désert, la scène marseillaise explose désormais tout les records. Elle peut même se targuer d’être redevenu l’un des moteurs principaux du rap francophone. Si la technique musicale a évolué depuis les années 80, les références restent les mêmes.« Les morceaux d’IAM, ça n’arrête pas de vendre. Ils inspirent encore les nouvelles générations de rappeurs, qui adorent le rap dansant » , se réjouit Olivier, gérant du magasin de disques La Galette, situé dans le 6e arrondissement de Marseille.

Texte et Image : Pierre Berge-Cia

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