L’académie Moovida, de l’impro pour les jeunes des quartiers nord

Une association propose des ateliers d’improvisation et de stand-up aux jeunes issus des quartiers défavorisés avec la volonté de faciliter l’accès à la culture à des jeunes qui en sont souvent éloignés.

« J’aime bien venir ici, j’oublie mes problèmes ». Yasmi, 15 ans, est assise au fond d’une salle délabrée dans un hangar des Docks des Suds. Originaire des quartiers Nord de Marseille, la collégienne participe aux ateliers de l’académie artistique Moovida, créé il y a quatre ans. Cela fait trois mois que la jeune femme vient donc chaque jeudi soir pratiquer l’improvisation et le stand-up.

Pour cinq euros par an, Moovida propose aux jeunes des quartiers prioritaires trois ateliers différents auxquels ils peuvent participer : théâtre, cinéma, improvisation. L’idée est de « faire entendre les invisibles, les oubliés », raconte Catherine Vestieu, directrice de l’association Ph’art et Balises dont fait partie l’académie. « Notre association donne accès à la culture à des jeunes qui en sont éloignés », explique-t-elle. 

« Permettre à tout le monde de découvrir le monde du cinéma »

Ce soir-là, ils sont une dizaine à attendre que le cours commence. Ce qui plaît à Lysian, 20 ans, dans ces ateliers, c’est « qu’il n’y a pas de gêne » et « qu’on rigole ». Tout juste diplômé d’un BTS en informatique, le jeune homme fait régulièrement de la figuration pour des films et rêve d’être acteur. Il apprécie l’association « qui permet à tout le monde de découvrir le monde du cinéma ».

Kahina, 21 ans, aimerait aussi devenir actrice. Elle a déjà pris des cours de théâtre ailleurs à Marseille, mais ils étaient selon elle « trop chers et trop théoriques ». Shafik, réfugié afghan, fait du théâtre depuis son arrivée à Marseille, il y a six ans. Lui aussi apprécie le prix bon marché des ateliers que propose Moovida et l’ambiance qui y règne.

Lorsque le professeur arrive, les langues commencent à se délier et les vannes à s’enchaîner. Teniw, comédien, aime charrier ses élèves et les affuble de surnoms, comme « l’Indien », le « White », « la mouche ». Le tout dans une ambiance joyeuse et bon enfant. Puis, progressivement, les élèves se mettent en cercle et le cours commence. Place à l’ « échauffement », soit un jeu consistant à remplacer des chiffres par des mots. 

Donner confiance aux jeunes

Par trois, les élèves vont ensuite se mettre à improviser. D’abord dos à leurs camarades, ils se retournent lorsque Teniw leur donne un mot dont ils doivent s’inspirer pour jouer une saynète. Léo est le benjamin de la promo. Âgé de 13 ans, il vient depuis un mois et explique « kiffer le moment ». D’abord timide et dans son coin, il se révèle sur scène et fait rire les spectateurs en imitant un boxeur. « Ici, je me sens bien, on est comme une grande famille », explique-t-il en souriant. « L’idée est aussi de leur donner confiance », soutient pour sa part Catherine Vestieu.

Ces cours de théâtre semblent être l’occasion, pour ces jeunes adultes issus d’endroits défavorisés, d’ironiser sur les clichés concernant les quartiers Nord. Une jeune femme endosse par exemple le rôle d’une journaliste télé, venue pour filmer les banlieues et les « specimen qui y vivent ».

« Je me bats pour que les jeunes des quartiers ne soient pas cantonnés aux rôles de racailles », souligne la directrice de l’association qui donne aussi des cours de cinéma. Récemment, l’un des courts-métrages que Moovida a réalisé a d’ailleurs été sélectionné au festival de Clermont-Ferrand. « On oublie que dans les quartiers Nord, il y a des pépites, estime Catherine Vestieu, il suffit de leur donner des outils pour s’exprimer ».

Texte et photos Lola Dhers

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