Le Contact Club, la deuxième famille des jeunes Marseillais

Depuis 1959, le Contact Club fait de la prévention de la délinquance dans les quartiers du centre-ville de Marseille. L’association organise activités et séjours pour sortir les jeunes de leur environnement quotidien et les aider à préparer leur avenir, parfois loin de la ville.

Sur le terrain de basket du centre CMA Velten, dans le premier arrondissement de Marseille, alors que le soleil tombe lentement, une dizaine de jeunes garçons se dispute la balle. La plupart ont un survêtement aux couleurs de l’Olympique de Marseille sur le dos. Ils viennent tous les jours, ou presque, du lundi au samedi au Contact Club après les cours, entre 16 heures et 20 heures. 

L’association a été fondée en 1959 par le Père Maurice Raynaud. Décédé en 2020, ce prêtre a officié dans diverses paroisses de la ville, avant de créer cet organisme pour prévenir la délinquance des jeunes de la rue et leur offrir des activités de loisir et d’apprentissage. 

C’est aujourd’hui la mission de Fathi, Lamri, Wafa, Claire et de l’ensemble de l’équipe de huit salariés, au sein de cette branche de l’association, qui possède quatre antennes dans la ville. Leur rôle : aider les jeunes à “grandir dans le respect d’eux-mêmes et de l’autre, et à prendre leur place dans la société” selon les statuts de l’association. 

“Une deuxième famille”

“On s’occupe d’une cinquantaine de jeunes des quartiers sensibles, notamment ceux des quartiers nord qui sont dans des situations compliquées”, explique Fathi Tordjaman, responsable de l’antenne, attablé à son bureau jonché de paperasse et de jouets pour enfants. Les jeunes sont séparés en deux groupes, l’un va de 11 à 14 ans, et l’autre de 14 à 18 ans et plus. Car nombreux sont ceux qui ne quittent pas ce nid avant un certain âge. 

Fathi Tordjaman travaille au Contact Club depuis ses 15 ans, il en a aujourd’hui 30, et y a rencontré sa femme, Sofia. Ils ont deux enfants, qui passent leurs fins de journée avec les jeunes de l’association. Lamri aussi travaille ici depuis une quinzaine d’année. “Je ne me vois pas aller ailleurs. On m’a forcé à prendre un mois de vacances en janvier. Et même pendant mes congés je suis passé plusieurs fois ici”, sourit-il. 

Si les animateurs sont encore jeunes, la trentaine pour la plupart, la relève est déjà bien là. Rafik, 19 ans, est arrivé au Contact Club à 11 ans. Aujourd’hui, il vient de démarrer son CDD en tant qu’animateur après avoir terminé un stage de neuf mois. “Ici c’est une deuxième famille, voire la première pour certains enfants. On joue le rôle du grand frère, de la grande soeur, voire du parent”, confie Fathi Tordjaman. Certains jeunes reçus par l’association viennent de foyers, d’autres sont issus de famille monoparentales. 

Sortie du quartier

Les garçons et les filles viennent quand ils le souhaitent et remplissent eux-même un dossier s’ils veulent s’inscrire. Ils payent la somme de cinq euros par an. En théorie, les activités proposées – football, bowling, randonnée, natation – sont régies par un planning. Mais “il n’est jamais respecté”, reconnaît Fathi. Il faut savoir s’adapter. “On discute avec eux de ce qu’ils veulent faire tel ou tel jour. Parfois, on choisit à la dernière minute de les emmener en week-end, quand ça devient un peu chaud au quartier”, poursuit-il. C’est là une particularité du Contact Club : l’organisation de séjours avec les jeunes. 

Le Père Maurice a laissé pour héritage une maison dans la Alpes qui accueille régulièrement les enfants pour aller faire du ski. Début février, douze d’entre eux partiront skier, encadré par des animateurs. Sur place, les jeunes s’occupent de tout : la cuisine, le ménage, la vaisselle.

Le but de ces séjours : sortir les jeunes des quartiers marseillais. Certains ont des problèmes avec des bandes de leur quartier, d’autres des soucis avec le trafic de drogue. “On essaie d’en parler avec eux, d’échanger là-dessus. Ils ont vécu des trucs forts déjà, toute cette violence est très banalisée ici. Du club, on entend parfois les tirs du quartier”, regrette le responsable de l’antenne. 

Mais ces séjours sont efficaces, selon les animateurs. “Une fois je suis parti avec un groupe particulièrement difficile. Au début ça a été compliqué, mais à la fin de la semaine, ils ont caché les clés pour pas qu’on reparte” se remémore-t-il. D’après Claire Deplaix, éducatrice au Contact Club, beaucoup parmi les jeunes cherchent à partir, à voir autre chose que Marseille. Cette année, deux jeunes dont elles s’occupe préparent leur BAFA dans d’autres villes. 

Soutien des pouvoirs publics 

L’association bénéficie d’un fort soutien de la part des collectivités. Les locaux sont mis à sa disposition gracieusement par la mairie. Les animateurs sont unanimes: “Quand on demande quelque chose à la direction, on nous l’accorde 90 % du temps”, constatent-ils. 

Cela a notamment permis au Contact Club de développer un partenariat avec la police. Une idée qui n’était pas jouée d’avance. “Au début, ça a été un peu compliqué de faire adhérer les jeunes, explique le responsable. Mais finalement, on a vraiment réussi à créer du lien entre eux.” Cet atelier, un mercredi sur deux, est plébiscité aujourd’hui par les jeunes. Au programme : brevet de secourisme, apprentissage de la natation, sortie avec les Sauveteurs en mer. Rafik, après cinq stages de piscine avec les policiers, vient d’obtenir son BNSSA (brevet de sauvetage aquatique). 

Les problèmes rencontrées par les jeunes du Contact Club n’ont pas réellement évolué depuis la création de l’association. Pauvreté, déscolarisation, délinquance, trafics, violences. Une avancée en particulier : après mainte batailles, le Contact Club a pu, en janvier 2022, embaucher en CDD Claire Deplaix comme éducatrice.

L’arrivée de Claire Deplaix est un soulagement. “Cela permet à tout le monde de séparer les missions, et maintenant les jeunes ont bien compris quel était mon rôle”, analyse-t-elle. Orientation professionnelle, diplômes, rendez-vous avec la justice. C’est en particulier Claire qui tente d’aider les jeunes à préparer leur futur. Elle participe aussi au soutien scolaire les samedis. Mais bonne nouvelle : cette année, presque tous les jeunes de Velten sont scolarisés.  

Texte et photo : Joséphine Boone 

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