Le MauMA, du street art pour valoriser des quartiers de Marseille

Grâce au street art, le projet Musée d’Art Urbain de Marseille, un parcours à ciel ouvert, veut redynamiser l’arrière-port de Marseille.   

Un voile presque transparent sur la tête, une main sur la joue, le regard pensif, un immense portrait aux tons gris trône sur la façade d’un immeuble rue Félix Pyat, dans le troisième arrondissement de Marseille. Travaillé aux pochoirs et à la bombe de peinture, ce visage est celui de Tursunay Ziawudun. Cette femme, elle existe vraiment. Elle est ouïghoure et incarne la répression de cette minorité musulmane en Chine. Elle a été internée dans un camp de travail chinois et a témoigné de son calvaire. Son visage est la première fresque du projet MauMA. Elle a été réalisée par Mahn Kloix et inaugurée en octobre 2021.

Le Musée d’Art Urbain de Marseille est un parcours de street art en extérieur qui se créé peu à peu au fil coups de bombes de peinture. D’ici 2026, cent fresques, aménagements urbains et sculptures vont inonder l’arrière-port de Marseille de leurs couleurs, styles divers et créativité. Ils seront reliés à des oeuvres qui existent déjà, comme la colossale fresque en mosaïque place César Baldaccini : une forêt de palmiers colorés qui égaye un mur de 120m2, une création de 2012, oeuvre d’Aurélie Masset, de Malik Ben Messaoud et des jeunes du quartier Saint-Mauront.

Rendre attractifs des quartiers enclavés

Porté par Meta 2, un pôle de création urbaine, et Marseille Solutions, qui promeut des projets à impact social et environnemental, le MauMA va transformer par son art certains quartiers du 2e, 3e, 14e et 15e arrondissements, enclavés entre la Friche Belle de Mai, le Mucem et le marché aux puces. « Marseille a déjà un ADN de culture urbaine. Il y a déjà pas mal d’œuvres cours Julien ou au Panier, explique Camille Chapuis », qui accompagne le projet pour Marseille Solutions. Elle joue de cet atout pour faire de Marseille un spot de street art, à l’instar du Wynwood Walls à Miami.

« Ce sont des quartiers qui se démocratisent de plus en plus. », explique Camille Chapuis. Ce territoire est déjà en transformation grâce au plan de requalification urbaine d’Euromed et du plan de la gare Saint-Charles. Le tramway devrait s’y implanter, tout comme le métro. « Les pouvoirs publics sont entrain de déplacer la mobilité. », commente la chargée du projet. Pour faciliter l’accès, les œuvres vont d’abord être créées « en escargot », autour du métro, puis le parcours va s’agrandir.

Insérer les jeunes et développer l’économie locale

« L’idée est de faire participer les habitants tout au long de la création, explique Camille Chapuis, salariée de Marseille Solutions, Ce que Meta 2 fait déjà sur pas mal de ses œuvres. » La représentante de Marseille Solutions entamé une médiation culturelle avec les habitants pour parler des sujets qu’ils aimeraient voir sur leurs murs et comment ils aimeraient s’investir dans le MauMA. Des salariés d’Orange ont participé à la première création du projet, le portrait de Tursunay Ziawudun, car le mur sur lequel la fresque a été peinte appartient à l’entreprise.

Les industries créatives et culturelles qui existent déjà sur le territoire, comme la Friche Belle de Mai sont intégrées au projet. « On veut faire un parcours pour relier et faire visiter les œuvres, mais aussi les associations présentent depuis longtemps sur ces territoires, mais qui n’ont pas de visibilité à cause du manque de mobilité », raconte Camille Chapuis.  

Grâce à une formation mise en place avec Pôle Emploi, des jeunes éloignés de l’emploi vont apprendre et comprendre les métiers du bâtiments (peinture, carrelage, peinture à corde) par le prisme du street art. Ils créeront avec quatre artistes ou collectifs d’artistes sur quatre fresques. Avec à la clé, les faire intégrer un projet professionnel ou monter leur entreprise.« Cela crée de l’envie chez eux, de participer à un projet ambitieux, qui a de la visibilité et qu’ils vont retrouver sur leur territoire », poursuit l’animatrice de Marseille Solutions.

Meta 2 et Marseille Solutions ont conclu un partenariat avec la région. Le projet est évalué à trois millions d’euros, avec en moyenne 30 000 euros par œuvre. Les appels à projets pour les artistes sont lancés. Une dizaine de fresques devraient être réalisées cette année.

Texte et photo : Michèle Bargiel

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