Le Père Blaize, spécialiste de l’herbe à Noailles depuis plus de 200 ans

Au cœur du premier arrondissement de Marseille, la pharmacie-herboristerie du Père Blaize est une institution, où se bousculent Marseillais et touristes. Depuis son ouverture en 1815, elle est gérée par des descendants du fondateur, jusqu’à ce que Cyril Coulard reprenne la boutique en 2013. Immersion dans ce lieu unique où les clients viennent plutôt acheter des plantes que des médicaments conventionnels.

« Quand il n’y a plus d’espoir, après la Bonne Mère, il y a le Père Blaize ». C’est ainsi que Cyril Coulard, docteur en pharmacie, présente cette herboristerie, qu’il a reprise il y a quelques années. Le lieu est en effet une pharmacie mais également une tisanerie et une herboristerie. C’est d’ailleurs surtout pour les bienfaits supposés de la « phyto-aromathérapie » mise en avant par cette échoppe atypique que les clients se déplacent. « On a six boîtes de doliprane qui se battent en duel », plaisante Cyril Coulard, en expliquant que le Père Blaize est la seule pharmacie en France entièrement dédiée aux plantes.

Fondée en 1815, cette herboristerie se niche aujourd’hui dans une petite ruelle discrète, au cœur du quartier Noailles, dans le premier arrondissement de Marseille. L’institution bicentenaire semble comme une parenthèse entre l’effervescence de la rue d’Aubagne, débordant de boutiques en tout genre, et la rue de Rome, grande artère commerciale traversée par le tramway. Une boutique discrète, mais pourtant très achalandée.

Dans la ruelle, une inscription témoigne d’ailleurs de la célébration du bicentenaire de la pharmacie, en présence du maire de l’époque, Jean-Claude Gaudin. Les étagères de bois remplies d’herbes en tout genre racontent quant à elles l’histoire du lieu. Une plaque sur l’histoire de Marseille présente le personnage du Père Blaize, entré dans la légende de la cité phocéenne : « Toussaint Blaize conseillait les indigents et leur fournissait gratuitement les herbes médicinales dont la populations d’alors faisait une abondante consommation. » Lorsque le Père Blaize décède en 1865 à l’âge de 85 ans, sa boutique est reprise par ses enfants, devenus par la suite pharmaciens-herboristes, et ce pendant six générations.

Vendre des tisanes pendant une épidémie

Des deux côtés de la rue, l’herboristerie se décline désormais en une pharmacie, une tisanerie et une herboristerie. C’est cette dernière qui attire le plus de monde, confie Eliot Vincent, responsable de la tisanerie. Qu’ils soient de passage ou habitants du quartier, les visiteurs se bousculent dans cet établissement. Envers et contre tout. Avec l’épidémie de coronavirus, la pharmacie est restée ouverte, et l’herboristerie a continué de tourner. Les demandes de tisanes pour renforcer les défenses immunitaires ou pour protéger la gorge se sont même accrues, avant de se stabiliser de nouveau.

Le lieu recommence désormais à vivre normalement. « Les touristes vont d’abord en face [dans l’herboristerie], mais quand ils voient qu’il y a la queue, ils se tournent vers nous », témoigne Eliot, en charge de la tisanerie, ouverte depuis seulement quatre ans en renfort de l’herboristerie. Lui n’est pas du tout pharmacien mais ancien barman, qui venait se fournir au Père Blaize pour faire des cocktails. Aujourd’hui, il vend principalement des tisanes mais aussi des herbes en tout genre, du poivre et des épices. Sur le comptoir, de la sauge et des bâtons de réglisse sont proposées. « En face, il faut vraiment venir avec un souci », explique-t-il, alors que la tisanerie est quant à elle plutôt réservée à ceux qui ne cherchent pas nécessairement à résoudre une pathologie particulière.

Dans la tisanerie, des mélanges déjà prêts sont proposés. Le Château d’If (badiane, anis vert et verveine) et la Maison Blaize (réglisse, hibiscus et mélisse) sont parmi les meilleures ventes.

« C’est le temple de l’herboristerie à Marseille », juge Fatiah, qui vient régulièrement pour demander des conseils. Elle habite dans le quartier et fréquente le lieu depuis des années. « Celui qui n’est pas allé une fois chez le Père Blaize n’est pas Marseillais », témoigne quant à lui Gaétan, friand lui aussi des conseils prodigués par les vendeurs. Les clients restent parfois longtemps à discuter pour obtenir des prescriptions adaptées à leurs besoins, témoignant de l’intérêt renouvelé pour les propriétés thérapeutiques prêtées à certaines plantes.

Mais l’institution évolue. Cyril Coulard se confie entre deux appels à des fournisseurs, dans un bureau qui déborde de cartons remplis d’herbes en tout genre. Pour lui, le métier de pharmacien-herboriste ne consiste pas à « vendre des médicaments ». Au contraire. « Quand les clients arrivent avec des médicaments, on regarde avec eux les effets indésirables et on cherche à savoir si certaines de leurs pathologies pourraient y être liées ». Il s’agit alors surtout de discuter et de « faire le lien entre le patient et sa pathologie », et de fournir éventuellement une « valeur ajoutée d’herboriste » en prescrivant des tisanes ou autres produits dérivés des plantes. Les médicaments conventionnels sont cependant eux-mêmes souvent issus de principes actifs issus des plantes, comme l’hydroxychloroquine, qui a beaucoup fait parler d’elle en France sous l’impulsion du microbiologiste Didier Raoult. Son principe actif est en effet issu de l’écorce d’un arbre, le quinquina.

Une « solution complémentaire »

Une mise en garde, toutefois. Si les plantes ont la part belle dans l’établissement du Père Blaize, pas question d’affirmer sans détour qu’elles peuvent venir remplacer un traitement médicamenteux. Cette façon de se soigner reste une « solution complémentaire » pour traiter certaines pathologies, tempère Cyril Coulard. Dans la pharmacie, des tests antigéniques sont d’ailleurs proposés aux clients, mais ils sont moins nombreux que les achats de mauve ou de badiane.

L’étage de la pharmacie fourmille de travailleurs qui s’attèlent à faire tourner la boutique. Sur son ordinateur, Thierry, responsable des achats résume son métier en riant : « Je deale de l’herbe ». Il commande différents produits bruts, à partir desquels sont faits à la fois les tisanes emblématiques, mais également des gélules, pour permettre « à ceux qui n’ont pas le temps de prendre trois tisanes par jour » de recourir tout de même aux plantes. Malgré tout, les clients ressortent souvent les bras chargés de sachets d’herbes en tout genre. Qu’elles soient réellement efficaces ou non, les plantes du Père Blaize n’ont pas fini de séduire.

Jean Cittone

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