Les Calanques, un terrain d’escalade sur la corde raide

Marseille est doté d’un des plus important site d’escalade de France, reconnu internationalement pour son environnement exceptionnel et sa densité. Il faut toutefois naviguer entre préservation du territoire, avec le respect de la nature, et la remise à neuf régulière des voies, pour éviter les accidents.

Dans les Calanques, il n’est pas rare qu’un bout de roche dégringole alors même que quelqu’un est en train de grimper. Pour Eric Blanc, moniteur d’escalade et président du club d’escalade de Guémenos, « Le lézard de la grimpe », « plus il y a de fréquentation, plus il y a de dégradations ». « La roche n’est pas à proprement parler vivante, mais ça gèle, dégèle, les failles bougent, les intempéries mettent à mal les points, il faut faire très attention », raconte le grimpeur expérimenté.

Si le site est exceptionnel, face à la mer mais aussi proche de la ville, il est difficile de grimper en été, à cause de la chaleur. Il est donc préférable de s’y rendre durant la basse saison. « On doit marcher une bonne heure pour arriver là où on veut monter », explique Eric Blanc. « La mer, la météo, ça abîme les points », dispositif qui permet d’accrocher sa corde à la paroi lorsque l’on grimpe, explique-t-il. Les calanques sont aussi victimes de leur positionnement unique.

Mais elles doivent également subir leur succès et l’essor de l’escalade. La pratique connaît un réel engouement ces dernières années, actuellement il y a 2 264 licenciés à la FFME (Fédération Française de la Montagne et de l’Escalade) dans les Bouches-du-Rhône, pour 5 000 voies officiellement recensées dans les Calanques. « C’est le territoire le plus dense, en terme de nombre de voies pour la surface », abonde Mélissa Desbois, chargée de mission loisirs et sport en nature au Parc national des Calanques. Entre 2004 et 2020, le nombre de licenciés en France est passé d’un peu moins de 60 000 à presque 108 000 personnes. « Évidemment, ces chiffres ne concernent pas que l’escalade, 95 % viennent pour ce sport, mais la licence donne accès aux six disciplines de la fédération, comme l’alpinisme ou le canyonisme », développe Charli Bodin, responsable de la communication de la fédération.

« Qui va s’occuper de la réfection des voies? »

Selon lui, la fédération française de la montagne et de l’escalade se désengage progressivement de la rénovation des voies dans les Calanques de Marseille, à la suite d’un accident, qui n’a pas eu lieu à Marseille. « La question que l’on se pose, c’est : qui va s’occuper de la réfection des voies? L’ONF, la fédé, les Calanques? » Selon le Parc national des Calanques, la FFME est le délégateur : elle doit coordonner les demandes d’entretien, les envoie au Parc, qui statue dessus avant de délivrer ou non une autorisation. « L’entretien est fait par secteurs, pas en fonction de leur attractivité mais de leur animation, notamment le vent et le bord de mer », détaille Mélissa Desbois.

Chaque année, trois millions de personnes visitent le Parc national des Calanques, dans la plupart des cas pour faire du sport, comme l’escalade, la randonnée ou la plongée. Crédit : Nolwenn Autret

« Les secteurs les plus accessibles sont évidemment les plus fréquentés, mais comme avant les mesures prises par le Parc, notamment par des professionnels qui font des prestations sur des sites école. » Elle fait notamment référence à la fermeture de certains parkings, pour limiter l’affluence et préserver l’environnement. « Avec la fermeture des parkings dans les Calanques et les journées courtes en hiver, on perd beaucoup de temps de grimpe », observe Eric Blanc.

Le nombre de visiteurs dans le Parc ne fait pourtant que croître, avec trois millions de visites par an, dont trois quart de sportifs. « On ne peut pas dire s’il s’agit de plongeurs, grimpeurs ou randonneurs pédestres », commente Mélissa Desbois, les trois activités les plus pratiquées. Un sujet dont s’est déjà saisi le Parc régional des Calanques, avec une campagne de « dé-marketing ».

Un public « propre »

Des difficultés qui s’ajoutent aux interdictions temporaires de grimpe, lié soit à une usure du matériel ou à la protection du site. « De temps en temps, il y a des zones inaccessibles, pour nidification ou le développement des plantes, avance Eric Blanc. On va chez eux, on doit respecter la nature. » Pour le Parc national, les grimpeurs sont considérés comme un public « propre ». « Ils ont participé l’an dernier à un ramassage des déchets en héliportage, raconte Mélissa Desbois. Ils produisent peu de déchets et on ne les retrouve jamais dans la nature. »

Des mesures conservatoires sont décidées par le Parc national des Calanques afin de préserver la nature, notamment lors de la reproduction des faucons pèlerins et des cormorans. La plupart du temps, ce sont les grimpeurs qui signalent la présence de ces espèces protégées au Parc, afin qu’ils prennent une décision. « Sur le territoire, nous avons des agents assermentés, ce sont des policiers de l’environnement, assure Mélissa Desbois. Ils ne vérifient pas le code du sport mais uniquement celui de l’environnement. » Ils ne peuvent donc pas contrôler les diplômes des moniteurs, par exemple, mais seulement s’ils n’entrent pas dans un massif interdit. Un respect des règles de sécurité pourtant nécessaire dans un sport à risque comme l’escalade.

Clemence Diligent

Une réflexion sur “Les Calanques, un terrain d’escalade sur la corde raide

  • 5 février 2022 à 21h33
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    L’avantage à Marseille pour l’escalade, c’est qu’il ne pleut pas souvent des cordes.

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