Marseille, bonne élève du logement social en trompe l’oeil

L’accès au logement social est un leitmotiv des politiques publiques à Marseille, où 26% des habitants vivent sous le seuil de pauvreté (soit 10 points de moins que la moyenne nationale). Si le taux moyen de logements sociaux y est plutôt satisfaisant, il s’explique aussi par un grand écart entre les quartiers privilégiés et les quartiers populaires.

14 000. C’est le nombre de sans-abris à Marseille selon une étude de 2016. Six ans après, le 20 janvier 2022, la première édition marseillaise des Nuits de la Solidarité s’est tenue et l’un de ses organisateurs, Thierry Mila, le martèle : « le logement social est la solution à privilégier pour sortir les gens de la rue« . A Marseille, un famille sur deux qui demande à être logée en HLM ne trouve pas satisfaction. Une des causes n’est pas tant le taux de logements sociaux, que leur mauvaise répartition.

Marseille : derrière la moyenne, le grand écart entre arrondissements

Lorsque l’on regarde les chiffres, Marseille semble bonne élève : 21% de logements sociaux étaient construits début 2019, soit 129% de l’objectif pour 2025 atteint. En effet, d’après la loi SRU (Solidarité et Renouvellement Urbains) : toutes les communes de plus de 3500 habitants doivent comprendre au moins un quart de logement sociaux d’ici 2025.

Une analyse plus fine s’impose néanmoins : il existe une grande disparité dans la répartition de ces logements sociaux. Si la moyenne marseillaise est acceptable, c’est aussi parce que certains quartiers comptent trop de HLM (plus de 40% dans le 14ème et le 15ème) et d’autres pas assez (contre moins de 5% dans le 6ème), participant notamment du phénomène de ghettoïsation. 

L’Assemblée nationale a donc voté un amendement en décembre 2021 (porté par Saïd Ahamada, député LREM des Bouches-du-Rhône) pour appliquer ce taux, non plus à l’échelle de la ville de Marseille, mais de ses arrondissements : 15% de logements sociaux, c’est le nouvel objectif pour chaque arrondissement marseillais.  

Mais même atteint, cet objectif risque de ne pas suffire à répondre à la vague de demandes : pour 9000 logements sociaux demandés en 2021 à Marseille, seuls 4000 ont été attribués. “Avec plus de 75 000 ménages dans l’attente dans les Bouches-du-Rhône, notre région est la deuxième plus tendue de France », conclut Anne Chemier, chargée de mission à l’Association Régionale des Organismes HLM (ARHLM) en PACA-Corse. A Marseille, il existe actuellement 63 000 places en logements sociaux (source : ARHlm).

Conséquence : une attente interminable et un parcours du combattant pour certains marseillais mal-logés. Maryse, 59 ans, a vécu quinze ans dans un studio « sans eau chaude, sans douche« , dans lequel elle « lavait ses enfants à la bassine« , avant de finalement trouver un logement social au Panier (2e). Et pour l’obtenir, elle s’est battue : « pendant deux ans, je me rendais tous les jeudis à la mairie pour les relancer« , raconte cette ancienne sans-abri. « Ils ont du finir par en avoir marre de moi car j’ai eu l’appartement !« , conclut-elle avec humour.

Politiques publiques : bel espoir, preuves à voir

Lors de son discours du 7 janvier 2022, le maire de Marseille Benoît Payan, l’a rappelé : “Le logement est une priorité, même si ce n’est pas notre compétence première”. La métropole a en effet entre ses mains de nombreux leviers pour répondre aux besoins en matière de logement.

Le président de la Fédération des Acteurs de la Solidarité (FAS) PACA Corse, Thierry Mila “sent un entrain, une bonne dynamique” côté institutions publiques. D’abord du côté de la mairie : Thierry Mila rappelle qu’un ancien de la Fondation Abbé Pierre, Florent Houdmon, vient d’être nommé au service “Habitat” par la Ville : “un signal fort”, selon lui. Puis, plus concrètement, le maire évoque dans son discours un budget de “48 millions d’euros répartis sur quatre ans”, ainsi que “30 immeubles recensés dans le centre-ville qui pourront, demain, accueillir de nouveaux logements sociaux”. 

A l’échelle d’Aix-Marseille, Thierry Mila manifeste son enthousiasme pour l’engagement de la métropole dans le plan “ Logement d’Abord”. Lancé en janvier 2021, il est censé favoriser un accès plus direct des personnes dans le besoin aux logements sociaux.  Cependant, lorsque l’on demande au président de la FSA PACA-Corse les avancées concrètes de ce projet un an après, il n’évoque pour le moment que des “comités de pilotage” et autres assemblées consultatives. 

Quant aux mesures prévues, prudence : “ils souhaitent augmenter les budgets pour les dispositifs d’accès au logement déjà existants, mais on craint qu’ils ne déplacent le budget d’une ligne vers une autre”. D’expérience, Thierry Mila conclut qu’il est “rare qu’ils créent de nouvelles enveloppes”. 

Eléana Bonnasse

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