Marseille est-elle fâchée avec ses piétons?

La cité phocéenne est classée à la dernière place du baromètre des « villes marchables ». Associations et élus veulent la rendre plus accueillante pour les piétons.

Depuis plusieurs années, Martine Bigot milite pour rendre sa ville « marchable ». Pour cette administratrice locale de l’association « 60 millions de piétons », la cité phocéenne privilégie depuis trop longtemps les automobilistes au détriment des piétons. Des voitures sur les trottoirs, des passages piétons mal signalés, des nids de poule… il n’est pas toujours simple d’être bipède à Marseille.

Publiés en septembre 2021 par « 60 millions de piétons », les résultats du “baromètre des villes marchables” sont sans appel. Marseille y est classée “très défavorable” et arrive… à la dernière place sur 200. Ses habitants peuvent en témoigner. A 31 ans, Abubakar vit dans le 2ème arrondissement depuis quatre ans. Ce mardi après-midi, dans le quartier Notre Dame du Mont, il traverse tranquillement une place où marcheurs et voitures ne se côtoient pas. Mais il le reconnaît, déambuler dans la ville n’est pas toujours chose aisée. “Beaucoup d’automobilistes ici ne respectent pas le code de la route, ils ne cèdent pas la priorité et grillent parfois les feux”, peste-t-il. 

Un traitement de faveur remontant “à l’époque de Gaston Defferre« , juge Martine Bigot. L’ancien maire de la Ville était, de fait, un défenseur de l’arrivée de l’autoroute en centre-ville. Depuis, Marseille “n’a pas su rompre avec le tout voiture”, regrette-t-elle. 

Une exception au code de la route

Et cette cohabitation compliquée ne se limite pas qu’aux passages cloutés. La ville compte plusieurs lieux où les conducteurs se garent à cheval sur les trottoirs, rendant la circulation à pied d’autant plus laborieuse. Abubakar cite en exemple le quartier de Belsunce, où “avec une grosse valise, on ne peut pas passer”. “Mais bon, c’est Marseille”, ajoute-t-il en souriant. A quelques mètres, un passant fait le même constat. “C’est toujours pareil, les voitures sont garées sur les trottoirs, les scooters aussi. Mais j’aime bien ma ville quand même”, lance-t-il. 

Une situation en théorie interdite depuis 2006 par le code de la route. Mais des arrêtés municipaux permettent de contourner la règle, légalement, et de se garer ainsi. Des conditions inacceptables pour Martine Bigot. Ce mardi 1er février, elle présentait au conseil des 1er et 7ème arrondissements le vœu de mettre progressivement fin au stationnement à cheval dans le 1er. Son objectif principal: “libérer les trottoirs des voitures”. Le voeu a été presque adopté à l’unanimité.

Pour cela, elle a contribué pendant un an au travail d’un « atelier mobilités » du Comité d’initiative et de consultation d’arrondissements (CICA). Le stationnement “congestionne” le 1er arrondissement, estime Martine Bigot.  “Là où près de 70 % des ménages sont sans voiture, 36% de ses rues sont concernées par un dispositif offrant des places avec emprise sur le trottoir.” Martine Bigot demande ainsi la mise en place d’un comité de suivi chargé de faire respecter la loi et les engagements de la ville de Marseille à ce sujet. Elle-même proposait, en octobre 2020, de « sanctuariser les trottoirs pour les réserver aux piétons ». 

Un problème pour les personnes handicapées

Etienne Tabbagh, adjoint écologiste du premier secteur de Marseille, soutient cette démarche. Il estime primordial de rendre l’espace public plus accessible, en particulier aux personnes vulnérables. “Les enfants, les personnes âgées et celles à mobilité réduite”, énumère-t-il. “Devant le collège Longchamp, le stationnement à cheval oblige les élèves à marcher au milieu de la chaussée” se désole l’élu.

Et s’il y a des personnes pour qui cette circulation est particulièrement compliquée, ce sont celles à mobilité réduite. Gilles Aspinas, adjoint d’arrondissement délégué aux affaires sociales dans le quartier de Belsunce estime même que “les personnes handicapées sont interdites de centre ville”. Pour Sabine Bernasconi, conseillère LR de la métropole, “se déplacer de manière aisée sur les trottoirs devrait être une évidence”. Elle affirme vouloir “associer la métropole à ce travail”. De quoi donner espoir à l’administratrice de « 60 millions de piétons », qui veillera à ce que ces promesses se concrétisent. “On a tous les éléments en main, maintenant on peut passer à l’acte.” 

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