Marseille-Provence 2013: presque dix ans après, que reste-t-il ?

En 2013, Marseille devenait Capitale européenne de la culture. Un évènement historique qui a marqué un avant et un après dans la cité phocéenne pour le monde la culture. Mais ce n’est pas toujours simple, notamment pour des questions budgétaires.

Plus d’un milliard d’euros. C’est le budget global qui avait été alloué à Marseille-Provence 2013, Capitale européenne de la culture. Une somme colossale à la mesure de l’avant/après marqué par cette événement. Et pour l’occasion, le public a répondu présent: onze millions de visiteurs. Un événement marquant pour la ville, qui a replacé la capitale de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur sur la carte de France de la culture.

MP2013 a changé le visage de la cité phocéenne. Construction du Mucem, création du Fonds régional d’art contemporain (Frac) Paca, rénovations des Docks du quartier de la Joliette, restauration d’une dizaine de musées, organisation de plus de 900 événements… le changement se voit dans la ville. Selon Nicolas Maisetti, chercheur au Laboratoire techniques territoires et sociétés (LATTS), « l’évènement a eu des effets importants ne serait-ce qu’en ayant littéralement transfiguré le front de mer, à travers le réaménagement du J4 et la construction du Mucem devenu en moins de 10 ans un équipement iconique de Marseille, à l’image de l’Opéra de Sydney ou du musée Guggenheim à Bilbao. »

« Jamais assez de financement pour la culture »

Stéphane Sarpaux, président de l’association Marseille 3013, un collectif d’artistes, reste sur sa faim. « Il n’y a jamais assez de financement pour la culture », regrette-t-il. Pour lui, si les budgets sont là, un des problèmes reste leur répartition. « La logique de conservatisme reste le même : on donne des millions aux gros (La Friche, l’opéra, etc) et les petits se partagent des miettes. Et MP2013 n’a rien changé à ce fonctionnement.« 

Jean-Marc Coppola, adjoint à la culture, ne partage pas complètement ce sévère constat. Il dit vouloir utiliser ces budgets pour « aider tous les artistes, même les plus petits, à s’installer durablement. » Pour lui, MP2013 a donné une image plus attractive à Marseille, mais dans un temps trop concis. Pareil pour MP2018, la tentative de relance d’un projet, cinq ans plus tard. Le projet à grande échelle proposait une série de 200 évènements culturels pendant sept mois, étalés sur toute la région, de Cassis à Arles, et devait marquer le lendemain de MP2013.

Désormais, le budget consacré à la culture est le troisième de la ville et s’élève à 140 millions d’euros (avec la masse salariale, 55 millions sans), ce qui représente 10% du budget total de la ville. Un budget qui stagne depuis le dernier élan de MP2018. La culture s’en sort plutôt bien, mais ce n’est pas une priorité. « Nos préoccupations premières, c’est toujours l’école et la sécurité publique. On ne délaisse pas la culture mais ce n’est pas la priorité, c’est sûr« , assure l’adjoint au maire.

Plus de grands événements

Mais les grands événements ne sont plus forcément la priorité culturelle. La municipalité actuelle n’envisage pas une nouvelle action pour célébrer les dix ans de MP2013. « Nous préférons ne pas travailler sur une seule année précise, en one shot, mais plutôt structurer quelque chose sur le temps. » Toutefois, pour l’équipe, 2024 sera une année charnière : un gros projet est attendu, pour créer du lien entre le sport et les arts, pour accueillir les JO. Une maison du hip-hop et du rap devrait aussi voir le jour au cours du mandat.

Voilà une différence avec MP2013 : il y a dix ans, la culture hip hop avait été ignorée, n’avait pas été reconnue par les institutions. Alors qu’il s’agit d’un genre artistique majeur, où Marseille brille. Selon Jean-Marc Coppola : « On a besoin du regard des plus jeunes sur la société contemporaine, et ce regard, à Marseille, passe énormément par le hip hop et le rap. » MP2013, d’après Nicolas Maisetti, avait pour ambition de faire de Marseille une « Capitale de la Méditerranée ». Dix ans après, la cité phocéenne s’ouvre sur l’art urbain et évoque des projets sur la mondialité culturelle de la ville.

Les transports, changement majeur

Selon Christophe Ernoul, conseiller pour l’action culturelle à la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles), la ville est victime de la gestion des années et décennies passées. « La situation est sclérosée par l’ancienne municipalité. L’équipe actuelle n’a pas les moyens d’envisager de gros projets », regrette-t-il.

« Oui, il y a un gros budget pour la ville de Marseille, mais tout est très mal réparti. Cela fige une quelconque évolution. » Selon lui, les lieux qui font vivre aujourd’hui la culture proche des Marseillais, ce sont les tiers-lieux, qui font vivre des espaces abandonnés. Il n’y a pas de pression foncière à Marseille, car beaucoup de lieux sont laissés pour compte, attendant d’être occupés. Yes We Camp par exemple est un lieu de co-création entre habitants, qui vise à offrir « une zone d’invention facilitée ».

Alors, si l’avant et l’après MP2013, se voit, ce n’est pas tant dans le développement de la culture que dans l’aménagement des transports et l’amélioration du cadre de vie des Marseillais. Selon Stéphane Sarpaux, c’est l’accès aux transports (avant, le tramway fermait à 21h) qui a marqué le plus gros changement dans la ville. Permettant par la même occasion, un meilleur accès aux lieux culturels.

Sarah Ziaï

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