Marseille se met timidement au tourisme vert pour les Jeux Olympiques de 2024

A l’occasion des Jeux Olympiques de Paris en 2024, la cité phocéenne se lance un pari : obtenir le label éco-responsable « destination internationale durable ». Une course de fond, tant le retard marseillais s’est creusé au fil des ans, entre sous-investissement dans les transports durables et sur-fréquentation touristique.

Objectif 2024. C’est l’échéance que se fixe Marseille pour se mettre au tourisme vert. « C’est de la cohérence », plaide Estelle Lebris, responsable développement durable pour l’office de Tourisme et des Congrès. Certifiés ISO 121, du nom d’un « label vert », (ces étiquettes garantissant l’impact limité d’un acteur sur l’environnement, NDLR), les Jeux Olympiques de Paris en 2024 ont d’ores et déjà montré patte blanche en ce qui concerne l’éco-responsabilité.

Et l’office de Tourisme de Marseille veut lui emboîter le pas. L’objectif : « verdir » ce qui est, pour la cité phocéenne, une manne financière de plus en plus importante. Avec près de 5 millions de touristes en 2019, Marseille compte en effet beaucoup sur le secteur touristique, qui représente un milliard d’euros de retombée, soit 7 % du PIB local.

A ce titre, 2022 sera une année importante. Au programme : une valse de labellisations et d’étiquettes « éco-responsables ». D’abord, celui de la « Clef verte » pour les hôtels. Pour obtenir ce label reconnu à l’international, les établissements doivent observer une série de mesures, de la gestion de l’eau en passant par la promotion des moyens de transport « doux » et le tri des déchets. Sur les 103 enseignes qui composent le parc hôtelier marseillais en 2021 selon l’Insee, « quatorze sont labellisés Clef verte », explique Estelle Lebris. « Seulement trois ont été labellisés en 2021 à cause de la crise sanitaire. Mais, il y a plus de 25 candidats en 2022 ! ».

« La desserte est là… sauf dans les calanques »

Autre projet de l’office de Tourisme pour cette année : faire de la cité phocéenne une « destination internationale durable ». Ce label made in France a été créé en partenariat avec le ministère de la Transition écologique et neuf villes-pilotes. Sur la feuille de route, huit enjeux majeurs, parmi lesquels on retrouve « le respect du patrimoine », l’impératif de « favoriser la consommation responsable » ou encore de « renforcer la mobilité durable ».

« Marseille candidate, on passe en audition le 8 mars ! », annonce, triomphante, Estelle Lebris. Optimiste, au regard des carences marseillaises en ce qui concerne la mobilité durable et les transports publics notamment. Selon l’Institut Montaigne, en 2019, le métro marseillais s’étendait sur 22 km de long, contre 220 pour Paris, alors que la superficie de la cité phocéenne fait le double de celle de la capitale. « On n’a pas la main sur le plan de mobilité. L’important pour le label, c’est de promouvoir les transports doux. Tout ce qu’on peut faire, c’est encourager, tempère-t-elle, et sur les zones touristiques, la desserte est là… sauf dans les calanques ».

A la fois gage d’une « Marseille verte » et vilain petit canard de la mobilité durable, le Parc national des calanques est devenu le symbole du retard phocéen. « C’est vrai que c’est un peu compliqué : nous sommes au milieu d’une ville d’un million d’habitants, et chacun a l’habitude de prendre son véhicule », regrette Didier Réault, président du Parc national. Résultats : des bouchons à perte de vue en été et même hors-saison. « C’est toute l’année que nous pouvons avoir des pics de sur-fréquentation sur certains sites, notamment les périodes de week-ends, de ponts, de vacances scolaires ! ».

La ville la plus verte de France

Le coup est d’autant plus rude que, pour la labellisation en « destination international durable », Marseille dépend en grande partie des calanques et de ses espaces « verts ». Considérée comme la « ville la plus verte de France », elle profite de quelques 10 000 hectares et de 112 m² d’espaces verts par habitant. D’où la multiplication des projets de désengorgement des voies d’accès aux Calanques. Des lignes de transports publics et de bus sont prévues par la métropole.

Autre point noir du tourisme marseillais : les croisières. Même lorsqu’ils sont en escale, à l’arrêt au port, les moteurs des navires continuent de tourner, afin d’alimenter en électricité ces immenses bâtiments. Atmosud – cet organisme qui analyse la qualité de l’air – a publié une étude éloquente en mars dernier : en plein cœur du confinement, les croisières à l’arrêt ont occasionné une multiplication par 5,6 de la pollution émises.

A lire aussi : Les ferries continuent de casser les oreilles des Marseillais

En chantier, l’électrification des quais. L’objectif : brancher les navires lors de l’accostage, pour éviter le rejet de fumée. Porté par le Grand port maritime de Marseille, le projet ne devrait aboutir qu’en 2025… un an après les Jeux Olympiques. Dans la course à la durabilité, si les intentions sont là, la cité phocéenne est loin d’être en tête.

Pierre-Yves Georges

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.