Marseille, un parcours du combattant pour les cyclistes

Des pistes cyclables peu nombreuses, des stationnements manquants ou squattés par les scooters, des automobilistes peu respectueux… Pédaler à Marseille peut se révéler un vrai casse-tête. Pourtant malgré le retard de la Ville, certaines avancées sont visibles et le nombre de cyclistes augmente.

On pourrait croire que Marseille possède un cadre idéal pour faire du vélo avec sa météo clémente. Pourtant, selon le Baromètre des villes cyclables, réalisé par la Fédération des usagers de la bicyclette (FUB), et qui s’appuie sur le ressenti des cyclistes, Marseille est l’une des pires villes de plus de 200 000 habitants pour pédaler.

Aux problèmes d’aménagements de la chaussée et de stationnements s’ajoutent la place importante de la voiture. “Le vélo n’est pas perçu comme un moyen de transport, c’est un loisir, ironise Paul, qui livre en cargo-vélo, Mettre une piste cyclable, ce n’est pas permettre aux gens de se déplacer, c’est congestionner le trafic pour les automobilistes qui vont travailler. J’exagère à peine.” L’enjeu est de faire comprendre que le vélo peut aussi être un outil de travail ou servir à s’y rendre. 

De plus, les situations périlleuses se multiplient pour les cyclistes La circulation est hyper dangereuse et tu dois en permanence te battre avec les voitures stationnées et les doubles files.” raconte Yoann Martin, ingénieur vivant à Marseille. Un avis que partage Paul : “Les automobilistes ne sont pas très regardant et se disent que les pistes cyclables c’est un parking. Je suis tellement habitué que je n’y fais même plus attention”.

Les routes vallonnées de Marseille n’encouragent pas non plus à user ses mollets. “À part le centre ville qui est déjà un peu en pente à certains endroits, il y a pratiquement que l’avenue du Prado qui est plate”, explique Stéphane Coppey, du Collectif Vélos en ville. Mais pour Paul qui roule avec une assistance électrique « ce ne sont pas non plus les montages russes. »

Des aménagements quasi-inexistants

« Les pistes cyclables aujourd’hui, c’est toujours une honte sans nom. Il y en a un peu plus, mais on voit qu’elles ont été manifestement faites en étant la dernière roue du carrosse”, s’indigne Paul. Et les appuies vélo pour stationner manquent également. « On hésite à utiliser le vélo dès qu’on n’a pas de stationnement sécurisé, près de chez soi ou en ville, raconte Stéphane Coppey. Moi le premier, j’utilise mon vélo quand je sais où je vais pouvoir le stationner.

« Pendant longtemps, ça ne m’est même pas venu à l’idée de faire du vélo à Marseille. Mais un jour j’ai gagné un vélo et j’ai commencé. On me l’a volé quelques jours après. Le vol décourage beaucoup de clients”, raconte Robert, président de l’association Vélo Sapiens. Il constate que des stations vélo fermées commencent à pointer le bout de leur nez. Certains lieux de stationnements sont, quant à eux, utilisés par des scooters, selon Paul.

Le vélo gagne du terrain

Malgré ces difficultés, un certain nombre d’amateurs essayent de développer le vélo à Marseille. Contre vents et marées, les cyclistes sont de plus en plus nombreux. D’après le comptage annuel cyclistes et trottinettes, réalisé par la Commission Inter-associative Aménagements Cyclables à Marseille, les cyclistes sont 17 % de plus à circuler à vélo ou trottinette par rapport à l’année précédente. Grâce aux nouvelles pistes cyclables, les cyclistes sont aussi 63 % plus nombreux à rouler cours Lieutaud, bien que la nouvelle piste soit sur le trottoir. Et ils sont 36 % de plus sur l’axe Baille-Timone. « On essaie de marquer par nos lieux de comptages, les endroits qui pourront bien montrer que c’est quand on fait des aménagements corrects, qu’on a des hausses représentatives de l’utilisation du vélo. » explique le bénévole Stéphane Coppey, référent de la commission Aménagement Cyclables, du Collectif Vélos en ville. Cette commission relève les anomalies sur le terrain et propose des améliorations aux mairies d’arrondissements ou à la métropole.

Stéphane Coppey salue également l’émergence des vélos cargos, même si «  ce sont des initiatives individuelles.” C’est le cas de Paul. Ancien contrôleur de gestion, il a crée La Roue Libre, une entreprise de livraison en vélo-cargo électrique. Depuis un an et demi, il sillonne toutes les rues de Marseille avec jusqu’à 100 kg de commandes. “Notre enjeu c’est de montrer aux commerçants qu’on est capable de transporter leurs marchandises aussi efficacement qu’une camionnette ou un scooter, mais sans impact carbone”, raconte Paul.

Des avancées timides et nuancées

La ville et la métropole commencent petit à petit à s’intéresser aux cyclistes. Ils peuvent ainsi déjà utiliser 1000 vélos en libre service, disponibles dans 130 stations. Depuis le 30 janvier, 2000 vélos électriques ont également été mis à disposition des Marseillais par les marques Dott et Lime.

La Métropole, elle, a lancé le plan vélo 2019-2024 avec comme objectifs principaux de développer son usage au quotidien. « Il existe un grand nombre de projets qui devaient être réalisés depuis des années et qui ne le sont pas encore, regrette Stéphane Coppey, d’autres sont planifiés dans le cadre du plan vélo métropolitain et il y a aucune avancée substantielle. »

Et si des améliorations voient le jour, il a fallu batailler pour. La piste cyclable sur la Corniche ? “C’est 15 ans de combat, d’organisation de manifestations, notamment la fête du vélo , raconte le bénévole Stéphane Coppey. Pour la Cannebière, c’est pareil. C’est des contacts incessants avec le maire du secteur, des courriers à répétitions au niveau de la métropole et puis on finit par obtenir quelque chose”.

Le bénévole regrette une “lenteur extrême qui n’est pas du tout à l’échelle des besoins et du retard accumulés”. Et si certaines initiatives réjouissent, comme les coronapistes, des pistes cyclables créées pendant la crise sanitaire en 2020 pour désengorger les transports, elles ne durent pas. « Très vites, elles ont été soit effacées, soit non pérennisées. Il doit en rester une ou deux », regrette Stéphane Coopey.

Texte et photos : Michèle Bargiel

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