Yannis Naudy, 22 ans : de la rade sud aux JO

Futur ingénieur, Yannis Naudy est presque né sur un bateau. Les pieds dans l’eau depuis toujours, il a pu réaliser un de ses rêves : se rendre aux JO. Il a accompagné à Tokyo l’équipe de voile tunisienne en tant qu’entraineur. Une incroyable étape jusqu’à la suivante, il l’espère, les Jeux de 2024. A domicile.

Sur le vieux port, le regard plongé vers l’horizon, Yannis Naudy contemple son terrain de jeu favori : la mer. « Ma toute première passion », affirme-t-il sans ambages. Étudiant en école d’ingénieur à Toulon, il ne peut s’empêcher de retrouver chaque week-end Marseille et son plan d’eau : « c’est ma maison, je suis dans l’eau depuis tout petit. » L’été dernier, Yannis a traversé les océans pour réaliser un de ses rêves d’enfance : aller aux Jeux Olympiques.

Depuis quinze ans, le jeune homme de 22 ans s’entraine presque quotidiennement pour vivre un tel évènement. Dix ans à faire ses gammes sur un Optimist, un an de dériveur laser au Club de Voile de Marseille, un an à la Pointe Rouge sur un skiff 29er, le pôle espoir pour les mineurs, puis le pôle France naviguant sur un skiff olympique 49er. Mais en 2019, tout s’évapore en une blessure. Il continue la voile mais doit dire adieu au haut niveau.

Marseille, un stade géant pour la voile

Pour ne pas renoncer sans combattre à son rêve olympique, Yannis devient entraineur. Pour les jeunes de Marseille bien sûr, mais aussi pour l’équipe féminine de voile tunisienne. Après les avoir accompagnées en sélection à Oman, il décroche son billet pour le Japon, où l’équipe arrive le… 14 juillet 2021. « À Tokyo, l’ambiance étaient juste incroyable. Toutes les nations étaient rassemblées, j’ai jamais vu une telle pression. C’est dingue de se dire qu’on vient tous de petits clubs locaux à la base. » Mais on est loin, très loin de la douce mer de la cité phocéenne : « Marseille c’est une baie et il y a beaucoup de vent, du mistral. Dans la rade sud, de l’île Degaby jusqu’aux Goudes, ça fait comme un stade géant pour la voile. À Tokyo, c’est l’océan, il y a de la houle, des marées, et nous étions en période de typhons aussi. Tout cela doit être dompté. »

Yannis Naudy lors de son arrivée aux JO de Tokyo. Crédit : Yannis Naudy

La prochaine étape, évidemment, ce sont les JO de 2024. Dès cet été, toutes les équipes étrangères vont venir s’entrainer. Chaque pays doit louer un container pour stocker les bateaux et équipements. Pour l’équipe de Tunisie, au petit budget, c’est déjà une épreuve de se faire une place parmi les mastodontes (Angleterre, Nouvelle-Zélande, ou même Suisse). Rien ne peut garantir que l’équipe arrivera à décrocher une nouvelle sélection olympique.

Un sport de riches

Outre les défis sportifs, il faut franchir les obstacles financiers. Yannis a beau être amoureux de son port d’attache où toutes les structures se croisent, il connaît les limites de l’écosystème local. Ici, « la voile, c’est un sport de riches. Les parents doivent pouvoir tout financer depuis le plus jeune âge. Je suis content parce que les jeunes des quartiers peuvent faire de la voile grâce à leurs écoles. Mais s’ils veulent continuer après, c’est impossible sans argent. On tente de faire pression ensemble pour obtenir des subventions. Mais c’est un sport tellement peu médiatisé que personnes ne s’intéresse vraiment à nous. »

D’autant plus délicat que la voile, comme tout sport mécanique, suppose des investissements réguliers dans le matériel . Pour Yannis, « ton bateau est une partie de toi, tu en prends tellement soin, le coût n’est pas anodin du tout. Un étudiant en voile coûte 25 000 € par an en moyenne, c’est énorme. » Pour obtenir de l’argent, « il faudrait taper très haut dans les ministères, c’est juste impossible. Teddy Rinner me dit qu’il est payé un smic par la France, le reste ce sont les sponsors. Et pourtant c’est une immense star. »

Yannis adore la compétition, mais ne mise donc pas son avenir dessus. Le futur ingénieur va bientôt commencer un stage sur une plateforme off-shore installant des éoliennes maritimes. « La voile, conclut-il, je peux envisager la quitter un jour, la mer, jamais. »

Sarah Ziaï

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