A la Madrague de Montredon, les habitants continuent de vivre dans la pollution

Cela fait maintenant 13 ans que l’usine chimique Legré-Mante située à l’entrée des calanques de Marseille, dans un paysage idyllique, a fermé ses portes. En l’absence de travaux de dépollution, les riverains continuent d’être exposés à des taux de métaux lourds particulièrement élevés.

A la Madrague de Montredon au mois de janvier, nombre de maisons ont les volets clos, tandis que beaucoup de commerces gardent le rideau baissé. Logé entre les collines rocailleuses et la mer, le petit quartier de la Madrague aux airs de village, dans le 8e arrondissement de Marseille, est digne d’un décor de carte postale. Mais beaucoup de logements sont vacants, en attentant que les premiers touristes arrivent au printemps.

Situé juste à l’entrée du parc des Calanques, le 8e arrondissement de Marseille est devenu un des plus prisé. Depuis quelques années, l’endroit change de visage tandis que de nouveaux résidents plus fortunés cohabitent avec la population qui était là de plus longue date et qui est bien moins aisée. Au-dessus de ce panorama trône la cheminée en briques rouges de l’usine de produits chimiques Legré-Mante, vestige du passé industriel de ce lieu. En 2009, l’usine a définitivement fermé ses portes, laissant les habitants dans l’attente d’un chantier de dépollution.

 « Par ici, plein de gens ont eu des cancers »

Malgré les interdictions et le portail fermé, les curieux ont l’habitude de se faufiler sur le site. Les murs beiges des bâtiments de l’usine sont en partie recouverts de graffitis. « Il n’y a pas si longtemps, les enfants du coin jouaient dans la cheminée rampante« , raconte Marguerite Fevre, qui habite le quartier depuis près de quarante ans. Cette autre cheminée qui court le long des collines au-dessus de l’usine guidait les fumées toxiques loin du village. Pendant près de deux cents ans, l’usine a produit du plomb, de la soude et d’autres produits chimiques. « Par ici, il y a plein de gens qui ont eu des cancers, des maladies de parkinson ou d’Alzheimer« , assure la riveraine.

De l’autre côté de la route, entre l’usine et la plage, on trouve ce qu’on appelle « le crassier« , une zone où les industriels ont longtemps déversés leurs déchets ainsi que des substances chimiques. « Les matériaux de type remblais prélevé de 8 à 12 mètres présentent des teneurs en métaux lourds très importants« , indique une étude menée par la Société française des produits tartriques en 2019 . Tout autour du « crassier », des palissades ont été installées pour dissimuler le terrain au regard des passants, mais en attendant, les sols restent pollués.

Un projet de dépollution insatisfaisant

« Cela fait plus de dix ans qu’on est sur le dossier« , explique Rolland Daneda, habitant du quartier et membre de l’association Comité Santé Littoral Sud. Après un échec avec un premier investisseur, le fond d’investissement suisse Ginkgo a racheté le site en 2017. Depuis , le nouveau propriétaire, les collectivités locales et les riverains tentent de se mettre d’accord pour trouver une solution.  Cette entreprise spécialisée dans la dépollution des anciens sites industriels a notamment présenté un plan intitulé « 195Calanques » : Ginkgo a obtenu l’autorisation de rentabiliser son investissement en construisant 95 logements de résidence et 105 logements de tourisme, après dépollution du lieu. Et malgré la dangerosité avérée du site, l’affaire traîne. « On nous avait promis des travaux de dépollution. On n’a pas vu un seul coup de pioche« , déplore Rolland Daneda.

Mais pour les habitants, les précautions prises par Ginkgo pour les travaux de dépollution sont insuffisantes. « Des études ont été faites mais elles ne prennent pas en compte la particularité du territoire. Un jour de grand vent comme celui-ci, les travaux de dépollution tels qu’ils ont été présentés jusqu’ici pourraient soulever des poussières toxiques « , fait remarquer Rolland Daneda.

Un manque de dialogue

« C’est le quartier le plus agréable mais le plus cher de Marseille. Les gens ont achetés plein de logements qu’ils ont mis en location et en Airbnb« , commente Lionel, barman dans un des rares cafés ouverts. « Si on indique que le site a été dépollué, les propriétaires ont peur que les logements perdent de la valeur, alors que ça pourrait vraiment être un atout !« , défend Rolland Daneda.

A cette période de l’année, de nombreux commerces sont fermés, dans l’attente que la saison touristique soit lancée.

Pour l’instant, les habitants restent dans l’expectative. « Ce projet traîne depuis le mandat de Jean-Claude Gaudin. La nouvelle mairie a été élue pour sa volonté de transparence et de consultation. Désormais, on va se bagarrer pour que les promesses soient tenues », assure Rolland Daneda. Malgré les lenteurs que connait le dossier, il continue d’y croire :  » On espère qu’on sera davantage entendus « .

Pauline Paillassa

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