A Marseille, la galère des seniors pour se déplacer

Trottoirs étroits, en mauvais état, escaliers nombreux dans les transports en commun…les infrastructures de la cité phocéenne peuvent parfois poser problème aux personnes les plus fragiles pour se déplacer dans la ville. 

« Marseille, c’est pas ‘mal adapté’. C’est super mal adapté ! ». Jean, 80 ans, vélo à la main, avance doucement près du Vieux-Port. « Regardez, ils en ont fait une prison », peste-t-il en désignant les poteaux qui entourent la chaussée. « Les gens ne voient pas où ils vont, ils ne peuvent pas passer. Il y a des trottinettes partout. » Aujourd’hui, le résident du 8e arrondissement de la ville  « se débrouille » pour se déplacer, même s’il avoue être déjà tombé à plusieurs reprises. Il est un exemple de ces seniors marseillais qui peinent à se déplacer en ville.

Régine aussi partage ces difficultés. Elle s’est déjà foulé la cheville, rue Pytheas. « Sur les trottoirs, il y a des trous et des bosses partout », constate la septuagénaire. Habitante du 6e arrondissement, elle cible également un autre problème : celui des transports en commun. « Dans le métro, il n’y a pas forcément d’escalators, il y a trop de marches. »

Et dans les bus, autre problème: « Je ne comprends pas pourquoi ils ont fait un système de places aussi hautes ! ». Le constat est donc sévère à l’égard des infrastructures de transport. Si les plus âgés bénéficie de la gratuité du réseau de transport RTM, Régine n’en profite pas baucoup. Grâce au Centre communal d’action sociale (CCAS), les plus de 65 ans peuvent en effet circuler librement dans les bus, métro ou encore tramways. 

Les trottinettes sur les trottoirs empêchent parfois la bonne circulation des piétons.

Le tramway, transport idéal

Nathalie Volleau, en charge de l’accueil et de la cohésion sociale au CCAS, reconnait en tant que citoyenne que « le réseau est dense mais n’est relativement pas optimal dans certains quartiers ». Ce que confirme Armelle Rouchouse, conseillère mobilité pour le public senior de Wimoov, une association qui « accompagne les publics en situation de fragilité vers une mobilité autonome ». « Dans certains quartiers, il n’y a que des bus. » Or, le moyen de transport le plus adapté aux seniors reste pour elle le tramway, puisqu’il n’y a pas de marches à descendre. « Certains ont des prothèses de hanche, ou ont tout simplement peur », explicite-t-elle, rappelant qu’il n’existe que trois lignes de tramway. 

Dans une ville où le nombre des plus de 60 ans ne fait qu’augmenter (+1,8 points pour les 60-74 ans entre 2013 et 2018, selon l’Insee), l’association propose depuis 2018 un « diagnostic mobilité » aux retraités marseillais, pour les accompagner au mieux dans leurs déplacements. Elle propose également des ateliers collectifs pour parler de prévention et des dangers de la circulation, et individuels, souvent à domicile, pour « lever les freins » qui empêchent les personnes d’aborder la rue sereinement. 

Peur des trottinettes

Début février, Armelle Rouchouse va se rendre pour la première fois dans une « Maison du Bel Âge » de Marseille (des centres qui luttent contre l’isolement des personnes âgées) pour animer des ateliers. Elle avait au préalable réalisé une enquête auprès de 20 coordinateurs de ces lieux, qui côtoient les seniors au quotidien. Les résultats confirment le constat déjà établi: 50% des répondants ciblent un mauvais aménagement de la chaussée ainsi qu’une gêne ou une peur des trottinettes et des vélos de la part des personnes âgées. En ce qui concerne les transports en commun, c’est la mauvaise desserte qui est visée à 50%, ce qui entraine une forte demande des transports à la demande. Autre élément d’appréhension, qu’évoquent 26,7% des interrogés : la peur des incivilités dans les transports.  

Enquête réalisée pat Wimoov, auprès de 20 coordinateurs des Maisons du Bel Age de Marseille (15 réponses), décembre 2021.

Conséquence : les coordinateurs souhaitent majoritairement que Wimoov présente un atelier sur les moyens de se déplacer autrement. Parmi les solutions proposées, le covoiturage. Armelle Rouchouse note tout de même des améliorations dans la ville. « Il y a eu une rénovation des trottoirs, notamment sur la Cannebière. Et le Vieux-Port se piétonnise. »

Ces nouveaux aménagements sont également salués par Nathalie Volleau, qui souligne toutefois le problème temporaire des travaux. Par le biais du CCAS, les personnes âgées peuvent en tous cas bénéficier d’un service « Accompagnement Aînés » pour les aider dans leurs déplacements et favoriser leur intégration dans la ville. Une solution gratuite qui doit permettre de retrouver des relations de quartier, pour les accompagner dans leurs déplacements.

Texte et photos : Inès Mangiardi

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