Ces associations qui veulent rendre sexy le ramassage des déchets

Quatre associations de dépollutions ont donné rendez-vous à la presse, vendredi 4 février sur la Canebière, pour une opération de ramassage. Leur message, malheureusement inchangé depuis plusieurs années : sensibiliser les Marseillais à la préservation de leur ville.  

« Tu peux le refaire s’il te plaît ? ». Sur la Canebière, ce vendredi 4 février, un journaliste demande à Adrien, militant pour l’association « 1 Déchet Par Jour », de courir à nouveau derrière un sac plastique. Avec le mistral qui s’engouffre dans l’artère phocéenne, le caméraman n’a aucun mal à lancer le déchet dans les airs. Et à immortaliser sa deuxième course, tout sourire.

Pour une fois, l’objectif de cette « cleanwalk », organisée par quatre associations de dépollutions, n’est pas de remplir des tonnes de sacs poubelles. Pourtant, ce n’est pas les détritus qui manquent à Marseille. La grève des éboueurs, levée la veille, couplée à un fort épisode de mistral ont transformé les rues en déchèterie. L’occasion était tristement idéale pour convier la presse afin de marteler leur message, simple : agir. Agir pour que, enfin, leur ville ne soit plus vue « comme un dépotoir ».

Adrien court une seconde fois derrière un sac plastique. Photo : Gianni Roche

Rendre sexy le ramassage de déchets

« Aujourd’hui, c’est symbolique. Il faut se montrer. On va ramasser à peine une centaine de kilos mais ce n’est pas le vrai but », confirme Eric Akopian, président de « Clean my Calanques » « avec un « s » parce qu’on a des Calanques ». Du haut de ses 27 ans, ce coach sportif à la coupe stricte s’est beaucoup baissé pour ramasser des détritus depuis qu’il a fondé l’association, il y a cinq ans. C’est la première étape, indispensable. Mais « elle m’énerve cette étape », fulmine-t-il. Aujourd’hui, ce n’est plus suffisant pour enrayer le problème. « On est encore en train de ramasser les déchets de la première grève des éboueurs, en octobre », fait comprendre Eric.

L’homme a appris: il faut moins consommer. Mais conscient qu’il ne peut pas changer toute une société mercantile, le coach s’est mué en pro de la communication. Utilisant à merveille la « puissance des réseaux sociaux », Eric souhaite sensibiliser les jeunes. En novembre 2020, « Clean my Calanques » a sorti sur internet un ambitieux clip reprenant l’air de Bande Organisée. Baptisée Cleaner Organisé, la chanson cumule aujourd’hui plus d’un demi-million de vues sur Youtube. Des collaborations avec des artistes comme Soso Maness ou des Youtubeurs comme Michou ont suivies.

Eddy, fondateur de 1 Déchet Par Jour, interviewé. Photo : Gianni Roche

Sur internet donc, mais aussi dans les écoles, où les membres de « Clean my Calanques » se rendent régulièrement.  « Ce sont eux qui me donnent la force de continuer », avoue celui qui dédie aujourd’hui tout son temps à son association, au détriment de ses clients. Même constat chez Alexandre Mounier, président de 1 Déchet Par Jour. Avec ses militants, il organise des évènements comme le Tarpin Propre, sorte de festival du ramassage de déchets. Cela attire, séduit et « pas que les écolos », ajoute Eric qui a aussi comme idée de créer une fête afin de « rendre sexys et ludiques » leurs actions.

Les militantes de Wings Of The Ocean, les caméras derrière. Photo : Gianni Roche

Avoir de l’influence

Pour que tous ces efforts ne finissent pas à la poubelle, les associations veulent atteindre les responsables : les élus. Grâce à ces actions de communication, comme cette « cleanwalk » les associations Wings Of The Ocean, 1 Déchet Par Jour, Ferry Boat et Clean my Calanques ont aujourd’hui de l’influence. Pas plus tard que mercredi 2 février, Eric Akopian a rencontré Benoît Payan, maire de Marseille. « Les élus se rendent compte que des associations pour l’environnement font parfois du meilleur travail que les collectivités », résume-t-il.

Pendant la grève des éboueurs, le téléphone d’Eric ne faisait que sonner. Au bout du fil, des Marseillais se demandant quand est-ce que ça allait s’arrêter, et est-ce qu’il pouvait venir les ramasser… Comme si les militants étaient devenus l’unique solution : triste signe d’une situation en perdition. « Même si ce n’est pas à nous de le faire, on va continuer de le faire », philosophe une militante en train de ramasser des mégots coincés dans les pavés. Prochaine opération de ramassage pour elle : dimanche 6 février. Mais cette fois, loin de l’objectif des caméras.

Texte et photos Gianni Roche

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