Consolat, le club à l’ombre du Vélodrome

Dans les quartiers nord de Marseille, un club de foot a tenté d’émerger, aux côtés de l’OM, sans réussir à s’installer. Actuellement en difficulté dans le ventre mou du football français, Consolat se reconstruit petit à petit, après avoir frôlé la montée en Ligue 2.

Il n’est pas loin de 17h en ce samedi 29 janvier lorsque la dizaine de supporters de Marseille Consolat peuvent enfin célébrer. Leurs joueurs viennent de remporter une victoire cruciale contre l’AS Cannes (1-0), dans la course au maintien dans ce groupe L de National 3, la cinquième division du football français. Il faut dire que le club a frôlé la disparition ces dernières années.

Le match se joue au stade de la Martine, terrain historique du club, au pied des barres d’immeubles de la citée Consolat, ainsi nommée d’après un ancien maire de Marseille de 1832 à 1843, Maxime Consolat, et qui abritait historiquement les employés du port et de la SNCF.

Les quelques supporters dans les tribunes sont bien moins nombreux que par le passé mais n’ont rien perdu de leur gouaille. Déjà une immense satisfaction pour Salah Nasri, actuel coprésident du club. Pour lui, l’objectif est désormais « de se reconstruire petit à petit sans brûler d’étapes ». Il y a encore quelques mois, le club n’était pas loin du dépôt de bilan, après avoir rêvé de rejoindre l’élite du football hexagonal.

A deux occasions (2015 et 2016), le Groupe Sportif Consolat a terminé la saison au pied du podium de National (troisième division). Un synonyme de montée en Ligue 2 et de professionnalisation. En 2018, le club décide de faire peau neuve. Nouveau nom, nouvelles couleurs, nouvelles ambitions. Place au nouvel « Athlético Marseille ».

Hanouna et Plaza au capital

D’anciennes gloires de l’Olympique de Marseille comme Souleymane Diawara et Mamadou Niang viennent prêter main forte sur, et en dehors du terrain. Les célébrités Stéphane Plaza ou Cyril Hanouna s’invitent aux rencontres du club. L’animateur de C8 va même jusqu’à investir dans le club via sa société Hahaping, tout comme la star de l’immobilier. Tous les ingrédients semblaient réunis pour que l’Athlético puisse sortir de l’anonymat du football amateur pour peut-être enfin exister à côté du tout-puissant Olympique de Marseille.

Mais tout ne se passe pas comme prévu. Les résultats sportifs ne sont pas au rendez-vous et les finances se tendent. Résultat, le club lutte aujourd’hui pour ne pas descendre en division « régionale ». Pire, en raison de son mauvais état financier, le club est menacé de relégation en Régional 2 (2021) après avoir été rétrogradé administrativement en National 3 (2019) . Pour Philippe, 72 ans et supporter depuis presque dix ans, la raison de cette descente aux enfers est assez évidente : « Aujourd’hui nous sommes en difficulté financière. Mais c’est parce que le club n’a pas respecté son âme de club de quartier. Il a perdu l’envie de gagner » avec des ambitions jugées démesurées.

Les supporters se font moins nombreux au stade de la Martine depuis quelques années

De 2000 à 50 spectateurs

Cette époque pas si lointaine emplit de nostalgie Malik, 28 ans et gérant de la buvette :« Vous seriez venu il y a quelques années c’était impossible de vous trouver une place assise, les gradins étaient remplis« . Évoluant depuis toujours au stade de la Martine et ses presque 2000 places, le contraste avec la cinquantaine de spectateurs présents aujourd’hui est saisissant. Pour lui, la descente rapide du club est aussi la rançon du succès: de bons joueurs ont quitté le club pour des structures plus importantes, comme Umut Bozok, devenu meilleur buteur de Ligue 2 avec Nîmes lors de la saison 2017-2018, ou le milieu international comorien Youssouf M’Changama, auteur d’un parcours remarqué lors de la dernière Coupe d’Afrique des nations.

Pour Joël, 57 ans et observateur pour l’équipe du FC Côte bleue, présent ce jour-là dans les tribunes, l’équipe aurait eu de toutes façons « beaucoup de mal à passer professionnel ». En cause, un stade qui n’est pas aux normes du football professionnel et un centre de formation trop mal classé pour satisfaire les normes exigeantes de la LFP. « Ils auraient dû s’associer avec d’autres clubs locaux pour monter et ça aurait été très difficile à mettre en place« , ajoute le passionné.

« Aujourd’hui, les jeunes ne suivent plus vraiment Consolat » constate Philippe. Le club dispose d’une équipe réserve qui doit partager son terrain d’entraînement avec les cinq autres catégories de jeunes. Il compte actuellement près de 500 licenciés, dont les plus jeunes sont âgés de 5 ans et sont à l’école de foot. Une bonne chose pour Malik : « Je préfère que les petits soient sur un terrain plutôt qu’à traîner dans les quartiers » avant de conclure « Consolat, c’est une affaire de cœur. » Sur son site, le club se décrit comme étant l’un des « secrets » qui ont permis à la cité Consolat « d’échapper à la ghettoïsation ».


Des « petits frères » de l’OM

Lorsqu’on évoque face à Salah Nasri une éventuelle remontée, le président fait tout de suite preuve de prudence: « l’objectif aujourd’hui est de se reconstruire petit à petit. On est déjà content parce qu’il n’y a plus de retard de paiements ». Exit donc l’Athlético Marseille et ses couleurs bleues, Consolat fait son retour dans ses traditionnelles couleurs jaunes et vertes. « Vert comme la couleur des volets et jaune comme quand on pisse contre la pierre du Gard des quartiers nords« , glisse malicieusement Jean-Luc Mingallon, l’autre président fort en gueule de Consolat.

Avec ce retour aux sources et des finances assainies les deux hommes espèrent bien remettre sur la carte « le club amateur le plus connu de France. » Mais difficile dans une ville comme Marseille de ne pas être dans l’ombre du géant voisin, l’Olympique de Marseille. Pragmatiques, ils ne voient pas le club ciel et blanc comme un rival. « Même si on fait une remontée, on restera toujours les petits frères de l’OM », juge Salah Nasri. « Marseille est une ville assez grande pour deux clubs« , poursuit-il.

Pour l’instant, Consolat cherche à se maintenir en National 3 où la perspective d’une relégation en Régional 1 est toujours présente avant que les rêves de monde professionnel puissent devenir réalité.

Texte et photos: Louis de Kergorlay

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