Femmes et fan de l’OM, elles cassent les préjugés

35 ans après la création des South Winners, un groupe de supporters ultra de l’OM, seules quatre femmes sont impliquées dans le collectif. Entre remarques misogynes et questionnement de leur légitimité, elles ont du faire leurs preuves pour être respectées.

A la sortie du match, au Vélodrome de Marseille, quelques silhouettes féminines se distinguent au milieu d’une nuée d’hommes. Parmi elles, Chloé et Amélia*, deux ferventes supportrices de l’OM, sont ravies. En tenue de survêtement, une écharpe de l’OM autour du cou, elle discutent le sourire aux lèvres avec leurs amis, eux aussi parés des couleurs du club marseillais. Leur équipe vient de gagner 5 à 2 contre Angers.

Il y a quelques minutes encore, elles sautaient et chantaient à tue tête dans la tribune des South Winners, un groupe de supporters ultra. Si elles se sentent aujourd’hui à leur place, les deux amies ont tout de même connu des débuts difficiles.« Au début, tu le sens que tu n’es pas la bienvenue », explique Amélia. « Quand tu arrives avec un groupe de filles, tu te sens regardée, observée », renchérit Chloé.

« Je suis l’une de ceux qui chantent le plus dans la tribune »

Elles se sont rencontrées il y a 8 ans, grâce à l’OM, dont chacune était déjà admiratrice. Après avoir longtemps échangé par message sur un blog de foot elles décident de se voir. En 2014, Chloé qui vient des Vosges, s’installe à Marseille. C’est à ce moment qu’elle décide avec Amélia de rejoindre les South Winners. Non sans difficulté.

« On doit prouver qu’on aime l’OM, car il y a cet a priori que les filles viennent juste pour rencontrer des mecs. » Pourtant, leur passion est tout aussi ardente que celle des hommes : « Je suis l’une de ceux qui chantent le plus dans la tribune », assure Chloé.

Dans la tribune des South Winners, environ 10% des supporters sont des femmes. Lucile Trihan

Lors du match, on ne dénombre guère plus d’une femme pour dix hommes. « Il y en a de plus en plus dans le stade, mais on n’est que quatre à être vraiment impliquées dans le groupe », explique Chloé. Depuis qu’elles ont adhéré au collectif, Chloé et Amélia s’occupent souvent des tifos, ces animations visuelles organisées par les supporters d’une équipe. Décoration, déplacements, préparations d’évènements, elles peuvent passer des semaines à préparer un match.

Des responsabilités qu’elles ont eu du mal à se voir confier, surtout à leur arrivée. « Pour un déplacement à Bordeaux, ils ne voulaient même pas que je vienne, se souvient Amélia. Ils disaient que c’était trop dangereux pour les femmes. » Mais la juriste de 29 ans ne se laisse pas démonter : « J’ai fait un scandale. Je suis supportrice comme eux, je paye comme eux, et je n’aurais pas le droit de venir ?! », s’indigne Amélia qui se rendra finalement bien au match face aux Girondins.

Être aussi impliquées dans le collectif leur a aussi valu des remarques sexistes et misogynes : « Je l’ai parfois vécu comme une humiliation », se souvient Chloé. L’institutrice de 30 ans n’avouera pas les détails, mais elle a déjà fini en larmes en raison de ces piques.

Pour autant, les deux jeunes femmes se sentent de plus en plus soutenues, surtout par le président du groupe : « Quand il a appris ça, il a fait taire tout le monde. Il reprochait aux mecs « Dès qu’il y a une fille qui vient dans le groupe, vous faites tout pour la faire dégager. » »

A Marseille, de plus en plus de femmes prennent part aux matchs de l’OM. Lucile Trihan

« Ils nous prennent au sérieux »

Même parmi leurs proches, certains ne sont pas habitués à voir des femmes aussi impliquées dans un groupe d’ultras. « Après le travail je suis allée prendre un verre avec mes collègues, et quand je leur ai expliqué que j’allais au match, ils n’en revenaient pas », raconte Chloé.

Aujourd’hui, les supportrices se sentent davantage intégrées et acceptées au sein des South Winners : « Il n’y a pas longtemps, on a été invitées à un repas de Noël réservé à une cinquantaine de personnes alors qu’on est 7500 dans le virage [la tribune dédiée aux abonnés ndlr] », explique Amélia.

Les deux jeunes femmes sont aujourd’hui des piliers du collectif et n’hésitent pas à mettre la main à la pâte pour chaque évènement : « Il y a de la reconnaissance, ils nous prennent au sérieux. » Elles espèrent que le nombre de femmes à partager les bancs des supporters continuera d’augmenter. « Si elles sont là pour la passion du foot, on les attend. »

*Les prénoms ont été modifiés

Lise Cloix

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