La Roue marseillaise, une monnaie pour consommer local

La Roue marseillaise est une monnaie locale qui permet aux citoyens de soutenir les commerces et producteurs de la ville. L’association qui gère cette monnaie va déployer en mars une version numérique de la Roue.

À Marseille, on ne paye pas seulement en euros. Quelques 350 à 400 Marseillais utilisent en parallèle la Roue marseillaise, une monnaie locale complémentaire et citoyenne. Créée dans le Vaucluse, elle est arrivée à Marseille en 2014. « Elle permet d’acheter des biens et des services dans certains commerces et restaurants de la ville, plutôt que d’être mise sur un compte bancaire et servir à la spéculation », explique Barthélémy Gardel, coordinateur de l’association la Roue Marseillaise.

Cette monnaie locale s’utilise uniquement dans les Bouches-du-Rhône, le Vaucluse, les Alpes-de-Haute-Provence et les Hautes-Alpes. Une roue vaut un euro. Elle se présente sous la forme de billets d’une valeur d’une, deux, cinq, dix, treize ou encore vingt roues. Les billets sont équipés de plusieurs sécurités pour éviter la falsification : une bande magnétique, des signatures… « C’est une forme d’engagement citoyen pour reprendre le pouvoir sur l’outil qu’est la monnaie », explique Barthélémy Gardel.

Crédit : Association La Roue Marseillaise

Un double engagement local

La Roue marseillaise n’est pas une exception. Au total, 82 monnaies locales coexistent avec l’euro en France et « chaque monnaie va s’appuyer sur les dynamiques territoriales », explique Barthélémy Gardel.

Le paiement en Roues permet de redynamiser l’économie locale. En vertu de la loi sur l’Économie sociale et Solidaire de 2014, les euros échangés contre les monnaies locales doivent être placés sur un fond de garantie à la banque. Objectif : pouvoir rembourser les Roues en circulation si besoin. Les euros échangés sont placés à la Nef, une banque éthique, et sont investis dans des projets locaux choisis par l’association. À Marseille, la Roue finance des projets liés aux producteurs locaux, à la gestion des déchets ou encore au tourisme durable.

De plus, les Roues circulent uniquement dans les commerces et chez les producteurs locaux. « Quand les commerces encaissent les Roues, ils doivent les dépenser dans un autre commerce local. On crée comme cela une boucle vertueuse », explique Barthélémy Gardel.

Un réseau d’acteurs locaux : « un gage de qualité et d’engagement »

« 200 commerces font tourner la Roue, affirme Paul, adhérent de l’association et fondateur de la Roue libre, une entreprise de livraison à vélo, Adhérer à la roue, c’est une démarche en cohérence avec notre volonté de transformer la ville. »

Pour utiliser la Roue marseillaise, les commerçants doivent « répondre à une charte de l’association pour la transition écologique et les valeurs humaines et sociales » explique Barthélémy Gardel. « On partage les mêmes convictions sur l’économie circulaire », raconte Mialy Ralijaona, la gérante d’Archipels, une boutique de produits artisanaux. Pour elle, « c’est un choix militant ».

Cette monnaie tisse ainsi un réseau local. « Il y a pas mal de relations interprofessionnelles qui se sont créés et qui s’appuient sur la Roue. », précise Barthélémy Gardel. « On travaille entre nous. C’est un gage de qualité et d’engagement », admet Mathilde Noirot, fondatrice du Café fleuriste : La Butinerie. Elle utilise la Roue depuis son ouverture il y a deux mois et a, d’ailleurs, construit son réseau de fournisseurs grâce à l’association.  

Une monnaie encore peu utilisée par les Marseillais 

Mais dans les portefeuilles des Marseillais, peu de Roues : les particuliers ne sont pas nombreux à l’utiliser. « Seuls un ou deux clients par mois paient ainsi, raconte Mialy Ralijaona. Les clients restent un peu perplexes quand on leur propose de payer en Roues ». Même constat pour Mathilde Noirot : “Un ou deux clients m’ont payé avec depuis que j’ai ouvert”. Et pour Paul, dont l’entreprise livre la boutique de Mathilde Noirot : « Je ne connais que deux, trois particuliers qui l’utilisent, hormis les professionnels . » 35 à 40 000 roues ont été mises en circulation l’année dernière, selon Barthélémy Gardel. 

Ce qui bloque ? Pour utiliser la Roue marseillaise, il faut adhérer à l’association puis changer des euros auprès de certains commerçants qui acceptent cette monnaie. « Aujourd’hui, une partie des adhérents perd l’habitude de l’utiliser » avoue Barthélémy Gardel. D’autant plus que certaines boutiques ont été fermées pendant la crise sanitaire et l’association n’a pas pu aller à l’encontre des particuliers. « Trois quart des clients paient en carte bleue, un quart en liquide. Je pense que c’est un frein, explique Mathilde Noirot, Ce serait beaucoup plus simple avec une application et le digital. »

Toucher un plus grand public avec le numérique

L’association a entendu cette requête. Elle va donc lancer une version numérique de la Roue en mars. « C’est une remontée de terrain, des besoins de nos adhérents, particulièrement des professionnels pour pouvoir se faire des virements à distance, raconte Barthélémy Gardel. Les billets ce n’est pas très adaptés quand on a un fournisseur qui peut être à 20-30 kilomètres. » L’association souhaite faciliter l’utilisation de la monnaie. « On veut que ce soit accessible directement dans la poche sur le téléphone, pour changer d’échelle et toucher beaucoup plus de monde, explique Barthélémy, On pourra créditer son compte directement avec sa carte bleue sur son application. On pourra recharger quand on veut ».

Texte et Photo : Michèle Bargiel

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