« Le Cabaret des absents » : quand le théâtre raconte Marseille

Jusqu’au 4 février, la Friche la Belle de mai accueille à Marseille « le Cabaret des absents », une pièce de théâtre contemporaine qui raconte de façon poétique et humoristique l’histoire particulière d’un théâtre historique de la ville, le Gymnase, et celle de plusieurs personnages marseillais aux destins liés.

Après avoir été joué dans plusieurs villes, le Cabaret des absents revient au bercail, à Marseille. Plusieurs facettes de la ville portuaire s’invitent dans ce spectacle contemporain, joué à la Friche la Belle de Mai jusqu’au 4 février. Le Cabaret des absents, écrit et mis en scène par François Cervantès, dépeint les destins croisés de plusieurs personnages que tout pourrait séparer, mais que Marseille rassemble. Même la supposée propension marseillaise à l’exagération.

Car à l’origine de ce spectacle, il y a une légende locale. Celle du théâtre du Gymnase, dans le premier arrondissement. Celui-ci était voué à la destruction, après avoir été laissé plusieurs années à l’abandon. Mais un « milliardaire américain » selon la pièce, ou du moins un riche industriel, a décidé de financer la restauration du lieu. Sur scène, une des actrices raconte cette histoire à mi-chemin entre réalité et fiction : les parents d’Armand Hammer, des migrants russes cherchant à rejoindre l’Amérique, se seraient réfugiés dans ce théâtre lors d’une escale. Ils y auraient conçu Armand cette nuit-là, et c’est pour cela qu’il décidera bien des années plus tard de sauver ce théâtre marseillais à l’abandon.

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Les six comédiens racontent cette histoire, mais pas seulement. Plusieurs personnages battent la mesure de ce texte hautement poétique, dans une performance aussi drôle qu’émouvante. Après que leurs parcours soient racontés, plusieurs saynètes viennent donner vie aux différents personnages. Un homme à plumes surgit et répand ses oripeaux sur la scène en piaillant, un vieillard de petite taille vient raconter son amour des oiseaux. Un des volatiles, lâché dans un parc de Marseille, aurait été dévoré par un « gabian », le nom marseillais du goéland. Un garçon devenu jeune homme, dont les parents sont repartis sans lui en Kabylie, raconte facétieusement comment il a vécu dans le four d’un camion à pizza, symbole hautement marseillais, avant de finalement rejoindre ce théâtre une nuit à l’invitation du fils de la concierge. Le garçon, surnommé Tagada, finira par trouver sa vocation en revêtant des atours féminins, et en chantant « Comme ils disent » de Charles Aznavour.

« Ce spectacle est une fable que j’ai écrit à partir d’une histoire vraie », raconte François Cervantès, qui a écrit et mis en scène ce Cabaret des absents. Il rappelle l’origine mythique du lieu, en ajoutant que les rénovations permises par Armand Hammer ont toutefois eu une contrepartie : que « le lieu soit ouvert tous les soirs, pour que les spectateurs puissent se mettre au chaud, trouver à boire et à manger ». Selon l’auteur de la pièce, ce théâtre historique serait alors devenu « à la fois une maison et une salle de spectacle. […] C’est une sorte de cabaret, ouvert tous les jours ».

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Cependant, le théâtre du Gymnase, est de nouveau fermé, pour cause de travaux. Le « milliardaire américain » est décédé. La pièce n’est pas jouée là-bas, mais dans un lieu culturel du 3e arrondissement, dans le nord de la cité phocéenne. Mais sur place, il est possible d’acheter un billet en plus du sien, un billet « suspendu », pour permettre aux visiteurs de passage de se rendre au théâtre, pour y partager un peu de chaleur, et d’histoire marseillaise, avec les acteurs du lieu, qu’il soit le point de départ de cette pièce ou son point d’arrivée, pourvu qu’il soit marseillais.

« Je ne veux pas rester seule dans cette ville », s’exclame une des actrices, qui joue la femme à la robe rouge, vers le milieu du spectacle. Face aux centaines de spectateurs réunis dans les gradins de la grande salle de la Belle de Mai, elle témoigne de cette solitude, inhérente au bruissement incessant des grandes villes.

Jean Cittone

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