Le Cours Julien, épicentre du street-art Marseillais

Le « Cours Ju », comme les Marseillais ont coutume de l’appeler, est l’un des quartiers les plus vivants de la cité phocéenne, de jour comme de nuit. Situé dans le 6e arrondissement, ses murs sont remplis de graffitis et de fresques. Immersion. 

A deux pas du Vieux-Port se niche le Cours Julien, perché sur la butte de Notre-Dame-du-Mont, dans le 6e arrondissement de Marseille. Dès la sortie du métro, les escaliers multicolores, bordés de fresques, mettent en lumière les artistes qui ont investi les lieux. A l’origine, la place bordée d’une fontaine abritait un grand marché. Elle est désormais couverte de terrasses où profiter du soleil. Ici, pas de vue panoramique sur la Méditerranée, mais une balade dans le monde du street-art.

Manon, étudiante en deuxième année de biologie, y a établi son « QG ». « Quand je suis venue pour la première fois, je suis tombée sous le charme de ce quartier coloré », sourit-elle en sirotant un cocktail à la terrasse du bar « L’id fixe ». 

Au Cours Julien, les commerçants ont voulu mettre en place des devantures représentant l’ADN de leur commerce. (Marine Ledoux)

« Depuis, j’y viens tout le temps. Les gens sont sympas, l’ambiance est bonne même hors saison », assure-t-elle, en regardant les fresques de la devanture du magasin d’à côté, un marchand de glace ayant personnifié ses cônes pour en faire des troncs humains, ajoutant des lunettes de soleil à ses boules de sorbet. 

« Cela crée une dynamique »

« Les artistes ont fait du beau travail, et même s’il reste toujours du vandalisme, de vraies oeuvres ont pris la place des tags amateurs », souligne de son côté Josiane, retraitée de 67 ans venue faire ses courses à l’épicerie du coin. 

La riveraine n’a pas tort, certains tags sauvages côtoient toujours les fresques du « Cours Ju », malgré une volonté des associations et acteurs culturels du quartier, de lutter contre ces agissements. L’association « Les commerces de la Butte », particulièrement engagée pour une ouverture culturelle de l’espace, a organisé un festival du street-art, sur le Cours Julien. La première édition, lancée en 2015, a depuis été reconduite chaque été.

Durant toute la période estivale, de nombreux artistes sont conviés sur la grande place et dans les rues adjacentes, pour des séances de « live painting », comme l’indique le programme des festivités établi par l’association. Les badauds peuvent alors découvrir la fabrication de la fresque, au fil des jours. 

« Tu tires ou tu pointes ? » Les artistes ont voulu mettre en avant des caractéristiques de la cité phocéenne pour réaliser des créations uniques, en lien avec le nom du restaurant. (Marine Ledoux)

Pour les commerçants du quartier, « cela crée une dynamique » et attire les visiteurs. Mais pas seulement : « Il arrive que certains artistes viennent retoucher la fresque qu’ils avaient réalisé plusieurs mois ou années plus tôt. Sinon, les fresques abandonnées sont recouvertes par d’autres, ça change, et ça donne envie de revenir », dit un commerçant du quartier.

Noailles, la Plaine, la Belle de Mai, … 

L’énergie dégagée par cette explosion de couleurs a gagné les quartiers voisins, comme celui de Noailles, où un collectif d’artistes anonyme a signé plusieurs fresques en réponse au drame de la rue d’Aubagne – et l’effondrement de deux immeubles ayant entraîné la mort de huit personnes, le 5 novembre 2018. Un an après la tragédie, un festival-hommage a été organisé par de nombreuses associations, et sa tenue a permis aux artistes de rappeler cette date dans un espace visible de tous – et en toute légalité – à l’aide de pinceaux et de bombes.

La devanture d’un magasin du quartier de Noailles, réalisée par un artiste professionnel. « No Noailles No Cry », peut-on y lire, en référence à la célèbre chanson de Bob Marley. (Marine Ledoux)

Au-delà de l’aspect purement mémoriel, les associations et collectifs ont décidé de mettre en avant des messages de soutien, et d’espoir pour le quartier populaire du 1e arrondissement de Marseille. « Les murs ont des oreilles, mais aussi une voix : la vôtre« , écrit l’association Solidaires 13 sur l’affiche du festival « Noailles Debout, Vive Noailles ».

« Nous rendons hommage au quartier en célébrant la vie de ses rues, de ses habitant(e)s« , peut-on lire. Et dans la rue d’Aubagne et les rues adjacentes, la vie est bien présente. Des commerçants vendent leurs réalisations artisanales, des paniers et toutes sortes d’objets tressés. Puis ils se retrouvent aux terrasses toutes proches. « Les fresques nous entourent du matin au soir« , constate un vendeur.

La devanture de ce restaurant de la rue d’Aubagne, où a eu lieu l’effondrement, veut donner « d’la force » pour Noailles. (Marine Ledoux)

Ces fresques attirent une population de touristes. « Chaque jour, on trouve une nouvelle rue, un endroit qu’on n’avait pas vu la veille« , confie un jeune couple de franciliens venus passer trois jours à Marseille, appareil photo à la main, dans la rue d’Aubagne.

Avec ces fresques, Marseille se veut à part. La mairie organise régulièrement des expositions et parcours artistiques dans l’objectif de promouvoir cette forme d’art, dans cette ville qui attire chaque année des milliers d’artistes, amateurs ou professionnels.

A l’aube du premier confinement lié à la pandémie de Covid-19, en mars 2020, la mairie a par exemple organisé une exposition dans les 9e et 10e arrondissements, en partenariat avec les Beaux-Arts de Marseille, dans le but de mettre en avant des fresques qui disent quelque chose du quartier.  « Il s’agit d’une série de projets culturels intégrés dans l’espace urbain, pour démocratiser la culture en la rendant accessible à tous« , expliquait alors le maire de ces deux arrondissements, Lionel Royer-Perreaut.

La Friche de la Belle de Mai met à l’avant, au milieu d’une offre culturelle riche et variée, le monde des arts de la rue. (Marine Ledoux)

« Réhabilitation artistique »

Le street-art permet également de donner un nouveau souffle à des lieux abandonnés, ou situés dans des immeubles insalubres. L’objectif ? Attirer les visiteurs pour donner une seconde vie à un espace. C’est le pari tenté à la Friche de la Belle-de-Mai, dans le 6e arrondissement de Marseille, non-loin du Cours Julien. L’espace de 100.000 mètres carrés a été confié par la Ville à la Société d’intérêt Collectif Belle de Mai.

Et les fresques sont nombreuses dans ce lieu où une quarantaine d’artistes venus de différents horizons (théâtre, peinture, …) sont résidents permanents. Un parcours de visite, d’une durée de 30 minutes, permet d’en faire le tour.

Le célèbre artiste JR a également signé une fresque à la Belle de Mai. (Marine Ledoux)

L’ancienne usine de la Seita a été complètement remodelée pour en faire depuis 1993 un lieu dédié à l’art. Dès l’entrée, par le Cours Jobin, règne une atmosphère « cool » et branchée. Marseillais et vacanciers s’y côtoient.

A côté d’une fresque signée par le grand artiste JR, se retrouvent des tags amateurs. L’un des principes de la Friche, c’est en effet d’être« un lieu d’exercice et d’initiation artistique au-delà de la fracture sociale« . En clair, si les professionnels sont les bienvenus, les artistes amateurs le sont tout autant.

Texte et photos : Marine Ledoux

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