L’Épopée, le tiers-lieu qui « crée des ponts» 

Depuis un an, L’Épopée, un tiers-lieu situé dans les quartiers nord de Marseille, accueille tous types de start-ups, d’associations ainsi que des grands groupes. Il soutient l’inclusion, l’éducation et l’innovation. 

« Je n’ai jamais lésiné sur mes rêves ». En lettres bleues et jaunes, la devise de Paul Ricard s’affiche en haut des escaliers, à l’entrée de l’Epopée. Impossible de passer à côté de cette formule qui incarne bien la philosophie du lieu:12 000m2 consacrés à « révéler des talents ».

Cette phrase n’a pas été choisie au hasard: Paul Ricard est l’inventeur du pastis le plus célèbre de Marseille. L’Épopée a posé ses bagages dans les anciens locaux de l’entreprise. « Ce n’est pas n’importe quel lieu, c’est celui de Paul Ricard. Il était un humaniste, un passionné. », se réjouit Laurent Choukroun, fondateur de cet endroit atypique.

Les locaux de L’Épopée ont gardé l’âme de Paul Ricard, ancien propriétaire des lieux.

« S’appuyer sur la jeunesse » 

Le point de départ de ce projet, qui a fêté sa première année ce mardi 1er février, était de valoriser « la passion et les talents ». Laurent Choukroun, également directeur de la start-up Synergie Family, a voulu créer un lieu habité par une « une énergie optimiste ». « Marseille est souvent regardée pour ses problèmes. Je voulais faire passer un message différent. »

Pour lui, la cité phocéenne regorge de talents, et notamment de jeunes qui ont besoin de travailler. A Marseille, le taux de chômage est particulièrement élevé chez les 15-24 ans : 31,5% en 2018, selon l’INSEE. Dans les cités de la ville, l’inactivité est même trois fois supérieure à la moyenne nationale. Hasard ou non, le site se situe à Sainte-Marthe (14e), en plein coeur des quartiers Nord. Les habitants y sont souvent discriminés. « Nous, on croit l’inverse. Une ville qui ne s’appuie pas sur sa jeunesse pour se développer, c’est une ville qui va droit dans le mur. »

D’où l’ambition portée par ce premier « village d’innovation éducative et inclusive ». Ici se côtoient 52 structures hébergées: à la fois des associations, des start-up, et des grands groupes… Elles mêlent entrepreneuriat, incubation, formation et création. « Toutes les boites vont accueillir un public qui leur est propre », affirme Laurent Choukroun. Ce qui permet donc de mixer les populations. « Nous créons des ponts entre des mondes qui ne se rencontrent pas. » Dans ce même endroit, peuvent se croiser des personnes éloignées de l’emploi, des stagiaires de 3e, des entrepreneurs, des managers, des professeurs, ou encore des retraités qui jouent au cartes dans le bar, qui n’a pas bougé, depuis les années 1980. 

À la croisée des milieux 

Laurent Choukroun conduit la visite, saluant au passage les personnes qui déambulent des les couloirs. Tout l’écosystème est en ébullition. Dans un premier bâtiment, les top-manager d’Airbus Hélicoptère assistent à un séminaire, avant d’aller à la rencontre d’anciens détenus qui travaillent à la ressourcerie. Pendant ce temps, les réunions se multiplient dans les open-spaces. À quelques mètres de là, des étrangers prennent des cours de Français. Deux étages plus haut, les « Jobastres », « deux amoureux de la Provence », travaillent sur leur projet. Ils ont créé une boite de production 100% provençale, et produisent du contenu vidéo pour valoriser la culture régionale. « A chacune de nos créations, on essaye de faire venir des jeunes pour leur montrer ce que l’on fait. » Les deux entrepreneurs envisagent aussi d’animer un atelier dans une des écoles test d’Emmanuel Macron, pour faire travailler les élèves sur le cinéma de Marcel Pagnol.

Dans le bâtiment d’à côté, Karim Hamyani s’active pour préparer les derniers détails de son installation. Il espère investir les lieux d’ici le mois de mars. Directeur général de Forma-tech, il propose des formations en ingénierie informatique pour réparer des smartphones et des tablettes, en collaboration avec Pôle Emploi et la Région. Cette transmission de ses savoir-faire acquis aux quatre coins du monde est ouverte à tous âges, de 16 ans aux 70 ans et plus. 

L’Épopée mise sur un équipement dernier cri.

Un accompagnement complet 

L’Épopée mise en effet sur le numérique et les nouvelles technologies. Un exemple ? MCES, un club d’e-sport. Pour attirer de nouveaux talents, Laurent Choukroun évoque sa stratégie de « l’ingénierie prétexte » : « Les familles sont inquiètes quand elles voient leurs enfants jouer aux jeux vidéos. Nous, au contraire, on les incite. » Un moyen de former les jeunes en partant de quelque chose qui les intéresse. Car pour le directeur, « dès lors qu’on a un talent, notre approche est de leur proposer une activité qui a du sens pour eux. On crée un parcours différent pour chacun. »

C’est spécifiquement le rôle du pôle innovation et inclusion qui regroupe plusieurs entreprises. Parmi elles, Qwantic insertion, spécialisée dans les « métiers du lien » (soit l’animation, l’accueil, la vente…). Elle vise des personnes qui remplissent certains critères, comme toucher le RSA, avoir la reconnaissance de travailleur handicapé, ne pas avoir été au-delà de la troisième, être une mère isolée… Julie Marie, révélatrice de talents, les accompagne dans leur insertion professionnelle mais les suit aussi au niveau personnel.

Salah Yatoui est l’un d’entre eux. Il avait des problèmes de surendettement et d’addiction. Alors qu’il enchainait les petits boulots, le jeune homme de 24 ans s’est « découvert une passion ». Il est aujourd’hui animateur dans un centre périscolaire et assure que Qwantic insertion lui a apporté « beaucoup de choses, surtout humainement ». Comme Salah, 20 000 visiteurs ont été accueillis par L’Épopée, un an après son ouverture.

Texte et photos : Inès Mangiardi

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