Les catholiques de Marseille se retrouvent pour la Chandeleur 

Chaque année, le 2 février, est une date importante pour les catholiques de Marseille qui se réunissent pour fêter la Chandeleur. Au programme, huit jours de célébrations qui commencent par une procession nocturne et la traditionnelle bénédiction des navettes par l’archevêque du diocèse.

Cinq heures du matin. Les abords du Vieux-Port sont déserts, le mistral souffle. Cela n’a pas empêché un groupe de fidèles catholiques de se rassembler en silence sur le quai des Belges. Ils attendent dans la nuit, éclairée par quelques torches enflammées, l’arrivée de l’Evangile. Le livre saint est amené en bateau par l’archevêque de Marseille, Jean-Marc Aveline, selon la tradition provençale. 

Chaque 2 février, la Chandeleur est ainsi fêtée à Marseille d’une manière bien particulière. Point de crêpes ici, mais un évènement millénaire « pour réunir les chrétiens ” explique Christophe Parel, responsable de la communication du diocèse. “La Chandeleur est une institution ici” ajoute-t-il. D’après la légende locale, la Bible serait arrivée en France par la mer, à Marseille, dans les premiers siècles de notre ère. Bien que cette information ne soit pas avérée, c’est bien cette scène qui est reconstituée chaque 2 février sur le Vieux-Port. 

L’Evangile arrive au petit matin en bateau sur le Vieux-Port de Marseille, selon la tradition provençale. Joséphine Boone

Retour à la normale

Dans la nuit venteuse, une procession se met en marche, au rythme des chants religieux. Familles, groupes de scouts, religieux suivent le livre sacré, ainsi que les reliques de Saint-Victor. Il est l’un des grands martyrs de la région ayant vécu à l’époque romaine. Il a donné son nom à l’abbaye marseillaise construite au cinquième siècle. C’est en direction de cet édifice, dans le 7ème arrondissement de la ville, que se dirigent les fidèles. 

Plusieurs centaines de personnes se sont mobilisés pour l’occasion. Jean, jeune scout de 16 ans, n’en est pas à sa première édition. “L’année dernière, on avait fêté la Chandeleur dans la cathédrale de La Major à cause de la pandémie” se remémore-t-il. Cette année, la fête a une saveur particulière, puisque l’Octave de la Chandeleur – huit jours de célébrations catholiques – se déroule comme à la normale, sans réelle restriction, du fait de l’amélioration de la situation sanitaire. 

La procession de la Chandeleur, qui suit l’Evangile et les reliques de Saint-Victor dans les rues de la ville, s’achève aux pieds de l’abbaye du même nom (photo Joséphine Boone)

Vers six heures du matin, la procession s’achève sous les tours imposantes de l’abbaye Saint-Victor. La foule s’épaissit : certains n’ont pas eu le courage de suivre la procession dans le froid et rejoignent directement l’église, pleine à craquer. Au diable les gestes barrières, tout le monde veut s’y engouffrer, avec ou sans masque, quitte à jouer des coudes avec ses voisins. A l’entrée, les organisateurs de la célébration distribuent des cierges de couleur verte, “qu’on ne voit nulle part ailleurs”, d’après Christophe Parel. 

L’office religieux, célébré par l’archevêque de Marseille, dure une bonne heure, en présence de nombreux élus de la ville, notamment le maire, Benoît Payan. Une bonne surprise pour les organisateurs. Ils se demandaient encore à la veille de la Chandeleur si l’édile de Marseille, fraîchement arrivé en poste en décembre 2020, participerait à la cérémonie. 

Un moment de tradition 

Passage obligé après cette messe matinale, aux premières lueurs du jour : la bénédiction des navettes. C’est une tradition : à la Chandeleur, les Marseillais mangent ces biscuits à la fleur d’oranger, emblématiques de la ville. C’est au Four des Navettes, biscuiterie créée en 1781, que se rendent alors l’archevêque et le maire. Les habitants ont l’habitude de l’évènement et se pressent à l’entrée de la boutique exiguë, qui accueille tous les ans la bénédiction.

“A Marseille, nous avons été les premiers en France à célébrer la Chandeleur. C’est Saint Jean Cassien qui a importé cette tradition d’Orient. Les Marseillais sont à jamais les premiers” s’amuse l’archevêque. Les visiteurs veulent à tout prix obtenir le précieux sésame : un sachet de douze navettes bénies ce matin. 

Les Marseillais se pressent devant le Four des Navettes, pour acheter un sachet de biscuits bénis par l’archevêque (Photo Joséphine Boone)

“C’est une coutume purement marseillaise, je me suis levé à cinq heures pour la procession et tous les ans, je suis là” raconte fièrement Jacques Carlini, Marseillais de pure souche, qui attend patiemment son tour dans la file devant la boutique. Paulette Chelli et ses deux filles, Géraldine et Fabienne, ne manquent pas une Chandeleur, elles non plus. “On prend au moins quatre ou cinq douzaines, sourit Géraldine. On en apporte aux collègues de travail après la messe, et puis aussi à la famille qui vit à Lyon. Ca vaut bien le coup de s’être levée à trois heures du matin! ” ajoute-t-elle. 

Temps fort du diocèse 

Il existe une forte diversité parmi la communauté catholique selon les origines et influences religieuses. Marseille étant un des carrefours d’échange entre Orient et Occident, de nombreux courants s’y rencontrent : hispaniques, libanais, arméniens. Si bien que cette année, le diocèse a souhaité faire de l’Octave de la Chandeleur « une vitrine des fidèles marseillais » en célébrant chaque jour des messes en différentes langues : italien, espagnol, latin, arabe et même corse.  

Cette fête est un moment fort pour la communauté catholique de la cité phocéenne. D’après le diocèse, l’Octave de la Chandeleur rassemble au moins 20 000 pèlerins à l’abbaye de Saint-Victor en une semaine. Pour le diocèse, c’est aussi une manière de fédérer la communauté catholique de la ville. “Marseille est un diocèse dynamique et cosmopolite, assure Christophe Parel, à l’image de la ville”. La répartition des catholiques à Marseille est très inégale entre les quartiers nord et les quartiers sud, où vit une population plus riche et plus évangélisés. 

Pour autant, l’authentique bénédiction des navettes, qui fait partie intégrante de cette fête religieuse, n’attire pas que des catholiques. Parmi les visiteurs du Four des Navettes, nombreux sont ceux qui ne sont pas allés à la messe ou ne sont pas croyants, mais qui veulent tout de même arracher un précieux sachet béni.

Texte et photos Joséphine Boone

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