Les Marseillais sur W9: ”cela donne du pep’s à l’image de la ville”

Accent, cagoles 2.0, plages, corps sculptés… si le programme Les Marseillais, diffusé par W9, fait un carton d’audience, c’est au prix de certains clichés. Rencontre avec Antonin Portal, candidat de la première heure, pour comprendre la recette de ce rendez-vous télévisuel.

Les Marseillais, programme de télé-réalité diffusé par la chaîne W9, est devenu un moment phare de la petite soeur de M6. Avec de bonnes audiences, parfois plus d’un million de téléspectateurs, et qui devient désormais une référence culturelle. Au passage, l’émission surfe sur les clichés des Marseillais. Une marque de fabrique qui s’est transformée en success-story.

Ayant raccroché son micro il y a six ans, Antonin Portal, Marseillais pur jus, nous reçoit dans son café-restaurant, l’Atelier Bonaparte. Il était l’un des premiers candidats de l’émission. Rencontre.

Celsud : Depuis dix ans, comment cette télé-réalité s’est-elle imposée ?

Antonin Portal : Outre l’intérêt pour Marseille, le public a changé : l’âge moyen du téléspectateur qui regarde les Marseillais a chuté. Maintenant ce sont des adolescents, jusqu’à vingt ans environ. D’autre part, les réseaux sociaux sont animés et propulsés par un panel de gens très jeunes. Donc automatiquement la jeunesse qui regarde les Marseillais est sur les réseaux sociaux, et fait monter les candidats et le programme. C’est un cercle vertueux pour l’émission. Quand j’ai commencé, les téléspectateurs étaient plus âgés, peut-être parce que nous étions plus vrais. Le public n’est pas dupe, il voit très bien que des couples qui se font et se défont en une nuit, c’est absurde. Autre conséquence des réseaux : avant, les gens n’hésitaient pas à nous aborder dans la rue, à échanger avec nous. Aujourd’hui, comme c’est beaucoup plus digitalisé, ils sont presque timides quand ils nous reconnaissent en face d’eux.

Quels sont les codes utilisés au sein du programme pour attirer l’audience ?

Si on prend du recul, on constate que chaque saison des Marseillais utilise le même schéma : une personne en couple rentre dans le programme sans sa femme, trompe celle-ci avec une candidate, généralement nouvelle, et la femme arrive. Ce triangle amoureux est très souvent remis au goût du jour, ce sont seulement les candidats qui changent. C’est un flux de tromperies. Avant, c’était davantage comme si la production filmait une bande de potes qui partaient en vacances. Le mot “buzz” n’existait pas. J’ai commencé les Marseillais en 2012, il y a dix ans maintenant, et ce n’était pas du tout la même télé-réalité. Aujourd’hui, c’est devenu une “série-réalité”, où tout est exagéré, surjoué.

Cette évolution a-t-elle eu un impact sur les clichés sur Marseille véhiculés par l’émission?

Outre le cliché du surjeu des émotions que les candidats utilisent régulièrement, le noyau de l’émission rassemblent des personnes qui sont financièrement beaucoup plus riches qu’à mon époque, et qui n’ont plus le même train de vie que le Marseillais lambda. Il y a une cassure qui s’est créée, les téléspectateurs s’y reconnaissent moins. En 2012, nous ressemblions davantage aux standards marseillais. Nous étions seulement des jeunes gens, issus originellement du milieu de la nuit, qui avaient pour projet de réussir dans les plus grandes villes de fête du monde entier. Le projet initial c’était “on va se marrer, on est jeunes, on va faire la fête”. Il n’y avait pas de business, pas d’argent, pas de followers. Dix ans plus tard, il y a un éloignement réel entre le marseillais de W9 et le quotidien de Marseille. 

Le programme des Marseillais et les clichés affichés servent-ils, ou desservent-ils, la ville?

De nos jours, il faut bien dissocier le programme télévisuel de la réalité. C’est totalement différent : la télévision est romancée, comme Plus Belle la Vie. Le Marseille de cette série n’est pas celui du quotidien. Il faut se faire à l’idée que Les Marseillais, c’est une fiction. Au fil des émissions, quand la production de W9 a voulu écrire sa propre histoire, elle a commencé à dicter les codes. Mais je ne pense pas que le programme desserve la ville, bien au contraire : cela donne un peu de pep’s à son image. En tout cas, c’est ancré dans le paysage télévisuel : c’est un programme qui a dix ans, et qui fait toujours plus ou moins de belles audiences.

Texte et photos: Charlotte de Frémont

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