Maison Empereur, la quincaillerie madeleine de Proust

Celle qui se présente comme la quincaillerie la plus vieille de France est devenue au fil du temps un établissement emblématique de la cité phocéenne. Caverne d’Ali Baba des temps modernes, elle attire autant les locaux que les touristes à la recherche de la perle rare.

Des centaines de couteaux disposés derrière des vitres, des montagnes de casseroles empilées sur des tables, des morceaux de tuyaux qui pendent du plafond, des goupillons en tout genre, des brosses à radiateurs, des plumeaux de toutes tailles : à la Maison Empereur, on trouve de tout. De la coutellerie à la droguerie en passant par les arts ménagers et le bricolage, elle se présente comme la plus vieille quincaillerie de France. Nichée dans le quartier de Noailles à Marseille, à quelques minutes du Vieux Port, La Maison Empereur s’étale sur deux étages et près de 1 500 mètres carrés de surface.

Poutres apparentes, murs en pierre, portraits des premiers tenanciers de la boutique affichés, la Maison Empereur est tenue par la même famille depuis sept générations et joue sur le côté authentique de son enseigne. « Notre maison abrite plus que des objets. Elle abrite une histoire vieille de presque deux siècles », peut-on lire sur plusieurs écriteaux ça et là dans le magasin. Un escalier en colimaçon mène d’ailleurs à un petit espace dédié à l’art de vivre à la provençale où l’on retrouve, pèle-mêle, des bijoux anciens, de la faïence et des nappes colorées. 

La maison ouvre pour la première fois ses portes en 1827 et propose déjà une large gamme de produits. François Empereur, son fondateur, a en effet plusieurs flèches à son arc : cloutier, taillandier, ou encore denteleur de scies. « Mais au départ, le magasin n’était qu’une petite quincaillerie de quartier d’environ 100 mètres carrés de surface qui n’employait que le quincailler et sa femme », raconte Claire Demeslay, en charge de la communication de l’entreprise. « Nous comptons aujourd’hui une trentaine de salariés, choisis pour leur goût pour l’univers où ils interviennent. Ce sont toujours de fins connaisseurs », ajoute-t-elle.

La Maison Empereur, fondée en 1827, se présente comme la plus vielle quincaillerie de France. ©Lola Dhers

« À l’image de la ville »

Progressivement, celle qui est devenue, au fil du temps, une institution de la cité phocéenne s’agrandit et diversifie son offre. Aujourd’hui, se côtoient ustensiles de cuisine en cuivre et gadgets en tout genre : poinçon à beurre, paella géante, lèchefrite pour recueillir le jus de cuisson d’un tourne-broche, rape à choux… Elle propose environ 50 000 différents produits, du plus classique au plus anecdotique.

La Maison Empereur est « à l’image de la ville, c’est-à-dire complètement hybride », selon Yasmine, l’une des vendeuses des rayons consacrés à l’art ménager. Ce qu’elle aime dans cette quincaillerie pour laquelle elle travaille depuis cinq ans, c’est son « caractère ». Le fait, aussi, que les gérants soient parvenus à laisser la boutique dans son jus d’antan. Hélène, en poste depuis trois ans, apprécie aussi la « diversité des produits » que le magasin propose. Affairée à plier du linge de lit, elle s’enthousiasme également au sujet de la clientèle de la Maison Empereur, à qui l’enseigne fait effet de « cure de jouvence »

L’enseigne mise sur une expérience authentique et unique. ©Lola Dhers

Bien présent sur Instagram

« C’est comme une madeleine de Proust », renchérit Clément derrière son comptoir. Autour de lui, des mannequins en bois arborent fièrement des vêtements vintage, comme ce costume « Bleu de Chine » que portaient autrefois les dockers marseillais. Comme ses collègues, le vendeur apprécie le côté « hétéroclite » de la Maison Empereur où il officie depuis sept ans. Catherine, en pleine visite de la quincaillerie, se réjouit de la « variété des produits ». Une autre cliente, de passage à Marseille pour la journée, s’extasie elle devant des assiettes en porcelaine du rayon art de vivre. Cette boutique est « un vrai régal » pour elle, et même un « lieu unique ».

Mais la Maison Empereur n’est pas seulement une enseigne aux allures de musée – on peut d’ailleurs y boire un thé dans une ambiance d’autrefois et même y séjourner dans une chambre d’hôtel à la lueur de la bougie – dans laquelle flânent des touristes. Ce matin-là, ils sont aussi plusieurs locaux, panier en main, à demander conseil auprès des vendeurs pour une ampoule ou un clou spécifiques. Claude et Jacqueline, Marseillais depuis toujours pour l’un, depuis une cinquantaine d’années pour l’autre, expliquent « se sentir bien » dans cette boutique dans laquelle ils se rendent régulièrement. « J’adore, on trouve des choses qu’on ne trouve nulle part ailleurs », se réjouit Jacqueline.

« Attention, ce n’est pas donné. Mais c’est le prix de la qualité », avertit son mari. Un autre client marseillais, à la recherche d’une casserole, s’exclame lui aussi qu’il y a vraiment « de belles choses » même si « c’est un peu cher ». Si, effectivement, il faut compter une cinquantaine d’euros pour une cocotte émaillée, l’institution Maison Empereur mise sur la noblesse des produits qu’elle propose et le savoir-faire des artisans auxquels elle fait appel (ils sont nombreux à être d’ailleurs labellisés « patrimoine vivant », signe d’un travail français jugé d’excellence).

Entreprise de prestige, la Maison Empereur draine donc toujours plus de monde. En cultivant son côté désuet, l’enseigne surfe ainsi sur la vague du rétro très à la mode aujourd’hui. En attestent son compte Instagram et sa boutique en ligne qui insistent toujours plus sur le côté authentique de la boutique et les charmes de l’ancien. Ne pas céder à la modernité, mais savoir bien s’en servir.

Lola Dhers

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