“Poubelle la Vie !”, la page Facebook qui attise les passions politiques 

Alors que la grève des éboueurs vient de prendre fin, retour sur un acteur clé du débat sur la propreté à Marseille: l’histoire du groupe Facebook “Marseille : Poubelle la Vie !” qui va des réseaux sociaux jusqu’aux élections municipales. 

« Quand on a créé la page Facebook “Poubelle La vie !”, ça a été dingue : on a eu 800 demandes d’adhésion le premier jour, et plus de 5000 au bout d’une semaine !”, s’étonne encore Sarah Bourgeois, la créatrice de “Poubelle la Vie !” . Aujourd’hui, ce groupe en ligne qui milite pour davantage de propreté à Marseille compte plus de 22 000 membres (à rapporter aux 860 000 habitants de Marseille). Selon les mots de Sarah Bourgeois, sa fonction a été celle d’un “lanceur d’alerte” : les Marseillais y publient leurs photos de poubelles qui débordent, de déchetteries à ciel ouvert et autres saletés qu’ils croisent en ville. Mais derrière un groupe Facebook, c’est une communauté qui s’est formée, et qui a fini par peser en politique. 

“Des candidats aux municipales de tous bords voulaient m’avoir sur leur liste”

C’est en 2017 que Sarah Bourgeois, de retour d’un voyage au Japon, mesure le contraste entre la Tour de Tokyo et le Parc Chanot (8e) : “C’était dégueulasse. Il y avait des ordures, ça sentait les égouts. Donc j’ai publié une photo sur mon compte Facebook personnel. Et en une journée, 400 personnes avaient réagi”. Cette marseillaise d’adoption comprend alors que la propreté de sa ville n’intéresse pas qu’elle, avec son “côté bobo parisienne”. Elle crée un groupe Facebook, qu’elle nomme ironiquement d’après le nom de la série made in Marseille de France 3, Plus belle la vie.

Année après année, “Poubelle la Vie!” gagne en influence. En 2020, Sarah Bourgeois entend même le nom de son groupe Facebook dans la bouche d’un journaliste qui interpelle Martine Vassal, alors candidate aux municipales, sur la propreté de la ville. Aujourd’hui, “les élus sont sur le groupe, les services de la métropole, des militants aussi”, explique la fondatrice. “Il y a forcément une pression induite”.
Et effective. Sarah Bourgeois raconte que quand les membres du groupe dénoncent à coup de vidéos et de publications vindicatives “les endroits où c’est vraiment dégueulasse”, les éboueurs sont “alertés et passent nettoyer”.

Le groupe Facebook « Marseille : Poubelle la Vie ! » compte plus de 22 000 membres.

C’est d’ailleurs lors des élections municipales de 2020 que Sarah Bourgeois bascule de l’engagement citoyen à l’engagement politique : “Des candidats aux municipales de tous les bords voulaient m’avoir sur leur liste”. L’agente immobilière et professeure de yoga qui “s’en foutait de la politique” se laisse finalement tenter et accepte de figurer sur la liste de Martine Vassal.

Martine Vassal, élue de son coeur

Si Sarah Bourgeois dit “ ne pas être LR (Les Républicains)”, voire « plutôt à gauche”, son choix de candidat se porte tout de même sur cette candidate. “Je me suis mise sur sa liste car c’est la seule qui m’a présenté un programme. Les arguments des autres c’était ‘on va battre Vassal’, mais moi je m’en foutais des luttes politiques”. Après l’avoir rencontrée plusieurs fois, Sarah Bourgeois dit avoir été séduite par “une femme charismatique” qui “écoutait ses propositions”. Comme par exemple de “créer un poumon de verdure tous les 500 mètres en ville”. 

Mais l’engagement en politique de “Madame propreté” a pris rapidement fin, lorsque la présidente de la métropole a perdu les élections. “J’avais été une élue d’opposition, mais j’ai démissionné. Cela ne m’intéressait pas de grimper au département, puis aux régionales. Je voulais juste travailler au changement de ma ville”, déclare-t-elle.

Elle est retournée à l’engagement politique direct. En effet, après deux semaines de grève des éboueurs, le groupe Facebook n’a jamais été aussi actif. Ni aussi influent. “La on a un peu tapé sur FO (Force Ouvrière, puissant syndicat des éboueurs à Marseille, ndlr), explique Sarah Bourgeois. “Poubelle la Vie !” a en effet organisé le dépôt d’un tas d’ordures devant le siège du syndicat après une semaine de grève, pour militer contre l’arrêt du ramassage. “Je trouve qu’on a mis un peu le bordel pendant cette grève, et c’est bien”, conclut la fondatrice du groupe.

Si l’intention initiale  était apolitique, l’engagement final du groupe semble aujourd’hui proche de la métropole et hostile aux syndicats. C’est du moins l’avis du secrétaire général de Force Ouvrière, Patrick Rué, qui a porté plainte personnellement contre Sarah Bourgeois. “J’ai été menacée de mort, ma famille aussi”, confie également l’agent immobilier. “La propreté, c’est de la mafia”, lance–elle. Mais elle reste fidèle à son engagement, pas plus inquiète que cela.

Eléana Bonnasse

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