Sauveteurs en mer, bénévoles par tout temps

A l’ouest de Marseille, le sauvetage en mer est une institution. Depuis 1868, dans la station de Carro, des sauveteurs protègent ceux qui s’aventurent des plages jusqu’au large. Rencontre avec des bénévoles motivés.

“Attention ça va taper!”. Aux abords de la Côte Bleue, le canot « Tout Temps » de la station de Carro défie le Mistral. Ce bateau de dix-huit mètres de long casse les vagues à une vitesse de quinze nœuds. “Il y des rafales à trente noeuds”, déclare un des membres de l’équipage. Comprendre plus de 55 km/h pour les terriens. Celle qui porte aussi le nom de vedette, accueille ce dimanche à son bord une dizaine de personnes, réunies pour un exercice en mer. Certaines d’entre elles font partie de l’équipage depuis des années, d’autres ne sont là que depuis quelques mois.

À Carro, tout comme dans les 187 stations permanentes de la SNSM, il n’y a que des bénévoles. Ici, ils sont vingt-sept. Tous ont en commun leur amour de la mer et leur altruisme:”Ce qui nous attire ce n’est vraiment pas l’argent, c’est d’être en contact avec la mer et être disponible lorsque les gens ont besoin de nous, l’argent là-dedans n’a pas sa place, c’est un don de soi”, explique Frédéric Salogne, l’un des sauveteurs-nageurs de la station.

A côté de leur rôle de sauveteurs, ils sont mécaniciens, électriciens, enseignants ou architectes. Fréderic Salogne ironise : ”il y a même quelques ingénieurs qui se cachent par là”. Autrefois, les bénévoles de la SNSM venaient du milieu maritime: des marins, des pêcheurs ou bien des plaisanciers. “Ces gens-là  avaient une bonne connaissance de la mer mais niveau secourisme, ils n’avaient pas les compétences que l’on a maintenant”, précise Nicolas Jarossay, le patron de la station.

Une organisation millimétrée

En théorie, ils doivent s’astreindre à un exercice par semaine. Une sortie en mer pour garder les bons réflexes. Selon les urgences, ils peuvent être appelés à tout moment pour une intervention au large. En pleine nuit, comme en journée. Pour s’organiser, ils déclarent avant s’ils sont disponibles ou pas, via un groupe de discussion en commun. « On est tout le temps et jamais d’astreinte », résume Nicolas Jarossay.

Sur le pont, équipés de leurs gilets, les bénévoles s’accrochent aux parois du canot. Pour l’exercice, ils sont tous équipés de leur tenue de sauveteur. Au premier plan, il y a le orange vif de leur veste, si reconnaissable sur tout le territoire. Et comme décor, le bleu magnétique de la mer. Nicolas Jarossay, pompier professionnel dans le civil, est le chef d’orchestre des opérations. Au fil des ans, la SNSM accueille des profils de plus en plus éclectiques, et selon lui c’est une bonne chose : “chacun apporte des compétences différentes et complémentaires”.

Avant d’intégrer la SNSM, les sauveteurs sont formés par 900 bénévoles dans les 33 centres de formation et d’intervention (CFI) et au pôle national de formation (PNF) à Saint-Nazaire. C’est là que les futurs bénévoles passent différents diplômes de secourisme et apprennent les bases du sauvetage en mer.

Thibaut et Damien à bord du Canot Tout Temps 073

A moins de dix minutes de la station

Ce qui unit ces parcours et trajectoires différentes c’est un état d’esprit : “Nous ce que l’on veut c’est un esprit de famille. Ce qui n’empêche pas une fois sur le bateau, d’être très efficaces. À bord il y a des ordres et une hiérarchie et à quai on est tous pareils”. souligne Nicolas Jarossay. Ce dimanche, chacun est à son poste. Il y a la radio, la navigation, la sécurité à bord. L’entraînement permet à l’équipe d’être opérationnel lors d’une opération de sauvetage en mer. Au-delà de la hiérarchie, la bienveillance règne à bord. Et cela se ressent aujourd’hui: “Ne t’en fais pas, je regarde pour les vêtements, toi occupe-toi du reste”.

Ici le respect et le calme sont de mise, la confiance, un emblème. Il y a même cette impression d’être en famille. Et ce n’est pas qu’une impression : ce dimanche, à bord de l’embarcation, un père et sa fille s’entraînent. Natacha et Pierre sont tous deux bénévoles depuis plusieurs années. Le sauvetage en mer, c’est aussi une histoire de transmission.

Toujours sur le pont

L’autre condition pour devenir bénévole à la Société National de Sauvetage en Mer, c’est la disponibilité. Il faut habiter à environ 10 minutes de la station maximum. Francis Moreau est sauveteur à Carro depuis plusieurs mois: “ Depuis que je suis bénévole, ma voiture est toujours prête à partir. Elle est garée devant chez moi, mon sac est dans le coffre. Si je suis disponible, j’estime que je me dois d’y aller et je m’en vais dans la minute. Ma famille est au courant”.

Son profil est particulier. Francis a failli mourir en mer l’année dernière. Depuis, il ne qualifie la SNSM qu’avec admiration et reconnaissance et s’est engagé auprès d’eux. « J’ai connu le besoin d’être sauvé, c’est ça qui m’a motivé à devenir bénévole”. Mais cet engagement de tous les instants implique d’avoir quelques réflexes : ”même dans la salle de bain, je prends mon téléphone”, insiste Thibaut, un autre sauveteur. Ce dimanche, ils sont fiers. Et comptent bien revenir le week-end prochain.

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